Port-au-Prince : des déplacés sans aide au retour se mobilisent à Lalue et Bois Verna
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Lalue et Bois Verna, deux quartiers de Port-au-Prince, se sont réveillés sous tension ce mardi 27 octobre 2026. Selon des sources concordantes, des personnes déplacées internes se mobilisent pour réclamer le soutien financier au retour qu’elles attendent toujours. Contraintes de fuir leurs quartiers en raison de l’insécurité, ces familles se retrouvent une nouvelle fois dans la rue pour exiger des réponses concrètes des autorités, alors que les promesses d’accompagnement peinent à se traduire en résultats visibles.
Cette mobilisation remet en lumière les failles de la réponse publique à la crise des déplacements internes. Le problème ne se limite pas aux conditions de vie dans les camps : il concerne également la gestion de l’aide, les critères d’attribution des allocations et le suivi des engagements pris envers les familles. Dans un article publié le 13 septembre 2025, Satellite509 avait déjà relayé les dénonciations de familles déplacées de Carrefour-Feuilles, qui affirmaient ne pas figurer sur la liste des bénéficiaires d’une allocation de 100 000 gourdes destinée au relogement. Ces accusations soulevaient déjà des questions sur l’équité et la transparence de la distribution de l’aide.

Le mécontentement ne porte pas uniquement sur l’argent. Le 27 octobre 2025, Satellite509 rapportait également qu’au camp de la Cité Colombie, sur la route de Bourdon, des déplacés avaient rejeté une distribution de nourriture supervisée par le conseiller président Leslie Voltaire. Ils réclamaient avant tout la possibilité de rentrer chez eux, plutôt que de continuer à dépendre d’une assistance ponctuelle. Un an plus tard, les nouvelles protestations à Lalue et Bois Verna montrent que la question du retour demeure entière pour de nombreuses familles.
Dans ces conditions, les autorités ne peuvent se contenter d’annoncer des programmes d’assistance ou de procéder à des distributions ponctuelles. Elles doivent rendre compte du nombre de familles effectivement accompagnées, des critères utilisés pour sélectionner les bénéficiaires, des fonds décaissés et des mesures prévues pour permettre des retours sûrs et durables. Sans transparence sur ces éléments, les retards et les exclusions dénoncés par les déplacés continueront d’alimenter la méfiance envers les institutions chargées de leur venir en aide.
La mobilisation intervient alors que de fortes pluies s’abattent sur le pays depuis plusieurs jours. Le dernier bilan provisoire de la Protection civile, selon les informations disponibles, fait état d’au moins quatre morts. Pour les personnes vivant dans des camps de fortune, les intempéries aggravent une situation déjà marquée par la précarité, l’insalubrité et l’incertitude. Les pluies exposent une nouvelle fois les limites d’une réponse qui laisse des familles attendre une solution, sans garantie claire quant à la date de leur retour.
Au-delà des revendications exprimées dans les rues de Lalue et de Bois Verna, une question demeure : combien de temps encore les personnes déplacées devront-elles réclamer l’aide qui leur est destinée et attendre de pouvoir retrouver leur domicile ? Tant que la sécurité ne sera pas rétablie dans les quartiers abandonnés et que les mécanismes d’assistance ne seront pas transparents et efficaces, les annonces officielles risquent de rester sans effet tangible pour une partie des familles concernées.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
