Satellite509

l'info qui dérange, la vérité qui libère.

Olivier Barrau vise la présidence, mais que peut espérer Haïti au regard des révélations le concernant ?

6 min read

Olivier Barrau affirme vouloir mettre son expérience entrepreneuriale au service de l’intérêt général et présente la sécurité, l’éducation et l’emploi comme ses priorités. Cependant, plusieurs dossiers publiés par notre rédaction soulèvent des questions sur ses relations avec le pouvoir politique et ses intérêts économiques. À l’heure où il affiche ses ambitions présidentielles, ces révélations appellent des explications.

« Notre pays a besoin de sécurité, d’une éducation de qualité et d’emplois. Après avoir créé six entreprises, je souhaite mettre mon expérience, mon sens des responsabilités et ma capacité à entreprendre au service de l’intérêt général », a déclaré Olivier Barrau, selon un message relayé par plusieurs médias locaux. L’homme d’affaires présente ainsi sa candidature comme une démarche destinée à contribuer au redressement d’Haïti, autour de trois priorités : la sécurité, l’éducation et le travail.

Ces engagements soulèvent toutefois une question incontournable : que peut espérer la population haïtienne d’un candidat à la présidence dont le parcours fait déjà l’objet de plusieurs publications critiques et de dénonciations portant notamment sur ses relations avec des responsables politiques et ses intérêts économiques ? Dans un pays où la corruption, l’opacité de la gestion publique et la défiance envers les dirigeants alimentent la crise, les promesses électorales ne peuvent être dissociées des questions auxquelles les candidats doivent répondre sur leurs activités passées.

Des interrogations sur ses relations avec le pouvoir

Olivier Barrau, candidat à la présidence.

En novembre 2024, nous avons publié un article mettant en cause le rôle d’Olivier Barrau et de certains alliés dans les tractations autour de la formation du gouvernement dirigé par Alix Didier Fils-Aimé. La publication évoquait notamment une influence sur des nominations ministérielles et les relations de l’homme d’affaires avec des membres du Conseil présidentiel de transition.

Ces informations posent une question politique qui dépasse les seules ambitions personnelles d’un entrepreneur : dans quelle mesure les relations entre les milieux d’affaires et les responsables publics influencent-elles les décisions de l’État ? Lorsqu’un homme d’affaires se présente comme un candidat soucieux de l’intérêt général, il est légitime de demander des éclaircissements sur les éventuelles interventions qu’on lui attribue dans les choix politiques et administratifs.

En novembre 2025, nous avons également publié des informations concernant Olivier Barrau et le lancement du programme Astreya, consacré au mentorat féminin et à l’autonomisation entrepreneuriale. L’article s’interrogeait sur la portée politique de cette initiative dans un contexte où l’homme d’affaires était présenté comme susceptible de nourrir des ambitions présidentielles. La publication évoquait aussi des faits plus graves, notamment autour de soupçons de corruption et de trafics.

L’ONA et les intérêts économiques en question

Les relations entre intérêts privés et institutions publiques constituent un autre volet des révélations publiées par notre rédaction. En novembre 2025, la rédaction s’est penchée sur le dispositif de prêts accordés aux petits commerçants par l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) et sur l’assurance présentée comme liée à AIC, groupe associé à Olivier Barrau.

Selon les informations rapportées dans cette publication, les bénéficiaires de prêts de 100 000 gourdes auraient été tenus de souscrire une assurance assortie d’une prime mensuelle de 300 gourdes. Notre média a relayé des interrogations sur le caractère obligatoire de cette souscription, le nombre de commerçants concernés et les revenus susceptibles d’être générés par le dispositif.

Ces questions touchent directement à la protection des citoyens les plus vulnérables. Les cotisations et les ressources d’un organisme public comme l’ONA ne peuvent être traitées comme de simples instruments commerciaux sans que soient clarifiés la base légale des opérations, leurs conditions et leurs bénéficiaires. Il appartient aux autorités compétentes d’établir les faits et de déterminer si les règles applicables ont été respectées.

En mars 2026, Satellite509 a poursuivi ses investigations avec un article consacré au projet de stations-service de l’ONA, connu sous le nom d’ONA Station-Service (OSS). La publication a rapporté les préoccupations du Collectif des assurés et pensionnés de l’ONA concernant la légalité du projet et les risques potentiels pour les ressources de l’institution. Elle évoquait également une influence d’Olivier Barrau dans la nomination de responsables de l’organisme.

Au-delà des personnes citées, l’enjeu est celui de la transparence dans la gestion des fonds destinés aux assurés et aux pensionnés. Si un candidat à la présidence entend placer l’intérêt général au centre de son programme, il devrait pouvoir répondre clairement aux interrogations documentées concernant les rapports entre ses intérêts économiques et les institutions publiques.

Des promesses présidentielles face à des questions persistantes

Aujourd’hui, Olivier Barrau met en avant la sécurité, l’éducation et l’emploi. Ces trois priorités répondent à des besoins majeurs de la population haïtienne. Mais leur annonce ne suffit pas à dissiper les interrogations suscitées par les dossiers dans lesquels son nom a été cité.

La question n’est pas de nier à un homme d’affaires le droit de participer à la vie politique ni de considérer que toute accusation équivaut à une culpabilité. Elle est de savoir si les citoyens disposeront d’informations suffisantes pour apprécier son parcours, ses intérêts, ses relations avec les institutions publiques et sa conception de la transparence dans l’exercice du pouvoir.

La sécurité exige des institutions capables de rendre des comptes. L’éducation nécessite une gestion rigoureuse des ressources publiques. La création d’emplois suppose un environnement économique où les règles sont connues et appliquées à tous. Ces engagements doivent donc s’accompagner de réponses précises sur les questions soulevées par les activités passées d’un candidat et sur les mécanismes qu’il entend mettre en place pour prévenir les conflits d’intérêts.

Olivier Barrau devra ainsi expliquer comment il compte garantir la séparation entre ses intérêts privés et les responsabilités publiques qu’il ambitionne d’exercer. Il lui revient également de répondre aux interrogations soulevées dans les publications de notre rédaction en apportant, le cas échéant, les documents permettant d’éclairer les dossiers concernés.

Pour Haïti, l’enjeu dépasse la candidature d’un seul homme. Dans un contexte de crise sécuritaire, économique et institutionnelle, la population ne peut se contenter de promesses, aussi séduisantes soient-elles. Elle a besoin de transparence, de garanties contre les conflits d’intérêts et d’engagements vérifiables.

La question demeure donc entière : au-delà de ses promesses de sécurité, d’éducation et d’emploi, quelles garanties Olivier Barrau peut-il apporter aux Haïtiens pour démontrer que son éventuelle accession à la présidence servirait d’abord l’intérêt général ?

Léandro S LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

Spread the love