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Haïti : la PNH accueille sa 37e promotion sur fond de défis sécuritaires

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La Police nationale d’Haïti (PNH) a procédé, ce vendredi 30 octobre 2026, à la graduation de sa 37e promotion, baptisée « Dessalines », lors d’une cérémonie organisée à l’École nationale de police. Composée de 1 189 nouveaux agents, dont 242 femmes et 947 hommes, cette promotion constitue la troisième cohorte du programme P4000+, lancé pour renforcer les effectifs de l’institution. Son arrivée intervient dans un contexte marqué par la persistance de l’insécurité et les difficultés des autorités à reprendre le contrôle des territoires occupés par les groupes armés.

Prenant la parole à cette occasion, le directeur général de la PNH, André Jonas Vladimir Paraison, a félicité les nouveaux policiers pour leur courage et leur détermination tout au long de leur formation. Il a également souligné que le nom « Dessalines » attribué à cette promotion symbolisait des valeurs de discipline et d’engagement, indispensables à l’exercice de leurs fonctions. Le responsable a réaffirmé la détermination de l’institution à poursuivre les opérations visant à reprendre les territoires sous le contrôle des groupes armés. Il a aussi insisté sur la nécessité d’une collaboration entre les différents acteurs de la chaîne policière afin d’améliorer l’efficacité des interventions.

Photo de quelques dizaines d’aspirants policiers prise lors de la cérémonie de graduation de la 37e promotion de la PNH, le 30 octobre 2026.

De son côté, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a présenté cette nouvelle cohorte comme une initiative gouvernementale destinée à renforcer les effectifs de la PNH sur l’ensemble du territoire et à rétablir l’autorité de l’État. Dans son discours, il a insisté sur la responsabilité des institutions nationales dans le rétablissement de la sécurité. « Pa gen okenn fòs sekirite ki ka retabli sekirite nan peyi a. Se pou sa gouvènman mwen an ap mete tout sa li genyen a dispozisyon PNH la pou konbat gang yo », a-t-il déclaré.

Ces propos soulèvent toutefois des interrogations sur les choix de son administration en matière de sécurité et sur l’utilisation des ressources publiques. Alors que le chef du gouvernement affirme vouloir mettre tous les moyens de l’État à la disposition de la police nationale, son administration a parallèlement conclu un accord avec la société Vectus Global, dirigée par l’ancien militaire américain Erik Prince, pour participer aux opérations contre les groupes armés. Le 14 août 2025, Erik Prince avait confirmé à Reuters avoir conclu un accord de dix ans avec l’État haïtien. Les modalités financières de cet engagement n’ont cependant pas été rendues publiques. Dans un entretien accordé à CNN en octobre 2026, il a refusé de préciser le montant de ses honoraires annuels, alors que le média évoquait plusieurs dizaines de millions de dollars et une possible participation aux nouvelles recettes douanières.

Cette orientation pose la question de la place accordée à la PNH dans la stratégie sécuritaire du gouvernement. Alors que les policiers haïtiens continuent de réclamer de meilleurs équipements, des moyens logistiques et des ressources adaptées à leurs missions, des fonds publics sont engagés dans des opérations confiées à une entreprise privée étrangère dont les conditions financières restent peu transparentes. Le gouvernement doit pouvoir expliquer les résultats obtenus grâce à cet accord et les garanties mises en place pour assurer le contrôle de ces dépenses.

La question de l’utilisation des drones armés mérite également des éclaircissements. Des organisations de défense des droits humains, notamment Human Rights Watch, ont documenté des frappes ayant fait des victimes civiles et demandé aux autorités de préciser les responsabilités et les règles encadrant ces opérations. Par ailleurs, les interrogations sur les éventuelles restrictions imposées à la PNH dans l’utilisation de ces équipements contre les chefs de gangs nécessitent des réponses précises. Il n’est toutefois pas établi, à ce stade, que le gouvernement ait formellement interdit aux forces de l’ordre de mener de telles opérations.

La graduation de cette 37e promotion constitue un renfort pour la PNH, mais l’augmentation des effectifs ne saurait, à elle seule, garantir une amélioration de la situation sécuritaire. Les nouveaux agents auront besoin d’un encadrement adéquat, d’équipements, de moyens opérationnels et d’une stratégie cohérente pour remplir leurs missions. Au-delà des déclarations officielles, le gouvernement devra surtout démontrer que les ressources mobilisées produisent des résultats concrets dans la lutte contre les groupes armés.

Écrit par Junior PIERRE

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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