Isidor et Stéphora : deux cas pour comprendre la bassesse de la diplomatie haïtienne
3 min readUne phrase de stade, lancée le 1er octobre 2026 à Saint-Domingue, a suffi en quarante-huit heures à mobiliser une ancienne consule, une ambassade en plein flottement et une armée de commentateurs. Près de douze mois après la mort de Stéphora Anne-Mircie Joseph à Santiago, nous n’avons trouvé aucune prise de parole officielle haïtienne récente sur son dossier.

Après le 4-1, Wilson Isidor a lancé : « L’Hispaniola est Haïti ! Ici, c’est Haïti ! ». Judith Exavier, ancienne consule générale à Santiago, a aussitôt exigé sa suspension, estimant que « représenter la nation est un privilège et non un droit ». Elle a pourtant été interpellée à Jimani en décembre 2019 au volant d’un véhicule visé par un avis de recherche de la DEA, puis relâchée après audition. Selon des sources concordantes, elle a quitté son poste en janvier 2020 dans la tourmente. Rien n’indique qu’elle ait été condamnée, mais l’on aimerait un peu plus de retenue chez qui distribue des leçons de dignité nationale.

Du côté de l’ambassade d’Haïti à Saint-Domingue, le spectacle n’est pas plus glorieux. Une note prenant ses distances avec les joueurs lui a d’abord été attribuée par la presse dominicaine. Quelques heures plus tard, l’ambassade a affirmé n’avoir publié aucune position officielle. Dans une affaire où chaque mot peut peser sur la sécurité des Haïtiens installés en territoire dominicain, voilà un flottement difficile à excuser. Isidor, lui, a répondu que sa fierté « n’a pas besoin de s’opposer à personne pour exister ».
Stéphora avait 11 ans. Elle est morte noyée le 14 novembre 2025, lors d’une sortie scolaire à la Hacienda Los Caballos. Sa mère l’a dit aux enquêteurs : « Ma fille ne savait pas nager. Je pensais que c’était une pataugeoire. » La justice dominicaine a arrêté des responsables du collège en décembre, puis imposé en mai 2026 une garantie de 8 millions de pesos à six personnes physiques et morales. L’avocat de la famille affirme pourtant que le parquet a plaidé l’absence de lien entre le collège, la hacienda et le drame.

Dès décembre 2025, l’ambassade soulignait que rien ne permettait d’établir une responsabilité internationale de l’État dominicain, aucun agent public n’étant impliqué. La prudence juridique se défend. Il faut aussi reconnaître que le consulat de Santiago a rencontré la famille et que l’ancien ambassadeur Edwin Paraison l’accompagne par sa fondation. Mais depuis, aucune communication officielle haïtienne sur le suivi du dossier n’est venue à notre connaissance.
C’est là que le bât blesse. Une diplomatie qui trouve vite les mots pour ménager Saint-Domingue autour d’une phrase de footballeur, mais qui laisse à des fondations et à des avocats le soin de porter la voix d’une mère endeuillée, a un problème de priorités. Le pays n’attend pas de ses représentants qu’ils applaudissent Isidor. Il attend qu’ils exigent, publiquement et avec la même constance, que justice soit rendue à Stéphora.
Gladimi BRUNI
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
