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Affaire Gérard Cassis : contrebande et trafic d’armes présumé, le RHAJAC porte formellement plainte et refuse que le dossier soit enterré

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Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) revient à la charge dans le dossier impliquant l’homme d’affaires Gérard Cassis. Dans une correspondance adressée le 5 octobre 2026 au commissaire du gouvernement près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, Me Fritz Patterson Dorval, l’organisation demande l’ouverture d’une enquête judiciaire sur ce qu’elle présente comme de graves faits présumés de contrebande, de trafic d’armes et de munitions.

Dans cette lettre, le RHAJAC affirme avoir recueilli des informations selon lesquelles Gérard Cassis importerait plus de 200 conteneurs de marchandises par mois, en provenance notamment des États-Unis et d’autres pays. Ces conteneurs transiteraient par la République dominicaine avant d’entrer en Haïti sans, selon le réseau, être soumis aux procédures douanières habituelles. Le RHAJAC demande au parquet de vérifier ces mouvements, les déclarations faites aux autorités ainsi que les taxes qui auraient dû être acquittées.

Le 5 octobre 2026, le RHAJAC a formellement dénoncé Gérard Cassis et porté plainte contre lui auprès du parquet et de la DCPJ pour des soupçons de contrebande impliquant plus de 200 conteneurs qui auraient servi à dissimuler un trafic présumé d’armes et de munitions.

L’organisation va plus loin et évoque la présence présumée d’armes et de munitions dans certains de ces conteneurs. Selon les informations qu’elle dit avoir recueillies, des chefs de groupes armés, notamment Jeff Larose, alias « Jeff Gwo Lwa », et Wilson Joseph, alias « Lanmò San Jou », seraient impliqués dans ce circuit présumé. Le RHAJAC soutient notamment que Wilson Joseph aurait été l’un des bénéficiaires d’armes et de munitions qui auraient ensuite été redistribuées à d’autres chefs de groupes armés. Ces affirmations constituent des accusations du RHAJAC et n’ont pas, à ce stade, été établies judiciairement.

Le dossier avait déjà connu un développement important le 20 août 2026, avec une perquisition au domicile de Gérard Cassis. Dans une précédente note, le RHAJAC avait indiqué que l’opération avait été menée par des agents de l’Administration générale des douanes (AGD), accompagnés d’agents de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ). L’organisation avait alors demandé aux autorités d’identifier les conteneurs concernés, d’en vérifier le contenu et de déterminer les éventuelles responsabilités.

Près de deux mois après cette opération, le réseau estime que les suites judiciaires restent insuffisamment connues. Dans sa nouvelle correspondance, il demande ainsi au commissaire du gouvernement de fournir des éclaircissements sur les résultats de la perquisition. « Nous demandons également des éclaircissements sur les suites données à la perquisition du 20 août 2026 », écrit le RHAJAC.

Gérard Cassis

L’organisation affirme par ailleurs disposer d’informations selon lesquelles les mouvements de conteneurs concernés se poursuivraient malgré la perquisition. Elle demande donc que les autorités vérifient notamment les déclarations douanières, les paiements de taxes, les itinéraires empruntés par les cargaisons et leur contenu. Le RHAJAC souhaite également que les éventuels liens entre ces opérations commerciales et des groupes armés soient examinés dans le cadre d’une enquête formelle.

Dans sa lettre, le réseau interpelle directement le parquet sur l’ampleur des vérifications qu’il estime nécessaires. « Nous, au sein du RHAJAC, nous demandons au Parquet de vérifier ces mouvements, les déclarations et taxes douanières, les éventuelles cargaisons d’armes et de munitions, les liens présumés avec des groupes armés ainsi que les responsabilités de toute personne ou de tout agent public éventuellement impliqué », peut-on lire dans le document.

Pour le RHAJAC, l’enjeu dépasse donc le seul cas de Gérard Cassis. L’organisation estime que toute éventuelle complicité entre des opérateurs économiques, des agents publics et des groupes armés doit être recherchée et établie par les autorités compétentes. Dans sa précédente communication, elle avait déjà appelé à une enquête indépendante, transparente et sans protection politique, tout en rappelant que les personnes citées bénéficient de la présomption d’innocence.

Le réseau établit également un lien entre ces soupçons et la situation sécuritaire du pays. « Entre-temps, les gangs armés continuent de tuer, de massacrer, de brûler, de violer, de piller et de kidnapper des membres de la population », dénonce-t-il dans sa correspondance. Pour le RHAJAC, la circulation d’armes et de munitions constitue une question suffisamment grave pour justifier des investigations approfondies sur les éventuels circuits d’approvisionnement des groupes armés.

La demande adressée au parquet intervient ainsi dans un contexte où la provenance et les circuits d’approvisionnement en armes des groupes armés constituent un enjeu majeur pour les autorités haïtiennes. Le RHAJAC réclame que les éléments avancés soient confrontés aux documents douaniers, aux mouvements de marchandises et aux résultats des opérations déjà réalisées. « Le RHAJAC demande que toute la lumière soit faite sur ce dossier afin d’identifier les responsables, trafiquants d’armes et de munitions, pour qu’ils répondent de leurs actes conformément à la loi », conclut la correspondance signée par Djovany Michel, secrétaire général du réseau.

À ce stade, aucune décision judiciaire établissant les accusations formulées contre Gérard Cassis ou les autres personnes citées dans la nouvelle correspondance n’est rapportée dans les sources consultées. Le dossier reste donc au stade des allégations et demandes d’enquête. La balle est désormais dans le camp du parquet, de la DCPJ et de l’Administration générale des douanes, qui devront, s’ils donnent suite à cette requête, déterminer ce qui relève des faits vérifiables, des infractions éventuelles et des simples accusations.

Léandro S LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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