Artibonite : les violences armées provoquent plus de 8 400 déplacements à Gros-Morne
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Les violences armées enregistrées dans la commune de Gros-Morne, dans le département de l’Artibonite, ont contraint 8 486 personnes, représentant 2 011 ménages, à abandonner leur domicile entre le 28 septembre et le 6 octobre 2026. Dans un rapport publié le mercredi 7 octobre, l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) fait état d’une aggravation des déplacements de population, sur fond d’insécurité persistante dans cette région du pays.
Selon les données de la Matrice de suivi des déplacements (DTM) de l’OIM, plusieurs localités ont été touchées par les violences, notamment Péletier, Carnifice et Centre-Ville, dans la troisième section communale de Rivière-Blanche, ainsi que Kamas, dans la sixième section de Savane-Carrée, et Dosny, dans la septième section de Moulin. Ces attaques ont provoqué de nouveaux départs, obligeant des centaines de familles à chercher refuge dans des zones jugées plus sûres.
L’ampleur de la situation apparaît plus clairement à la lumière du précédent bilan de l’organisation. Au 1er octobre, l’OIM avait recensé 5 254 personnes déplacées, réparties dans 1 214 ménages. En quelques jours, le nombre de personnes contraintes de fuir a donc augmenté de plus de 3 200, révélant la rapidité avec laquelle la crise s’est aggravée.
La majorité des déplacés dépend de familles d’accueil
Face à cette situation, les personnes déplacées ont principalement trouvé refuge auprès de familles d’accueil. D’après le rapport, 99 % d’entre elles sont hébergées au sein de communautés locales, contre seulement 1 % dans un site aménagé.
Cette répartition met en évidence le rôle essentiel joué par les familles d’accueil, mais aussi les difficultés auxquelles elles peuvent être confrontées. En accueillant de nouveaux membres dans des logements souvent limités, ces ménages doivent partager leurs ressources et répondre à des besoins supplémentaires en matière d’alimentation, d’hébergement et d’accès aux services essentiels.
Par ailleurs, les données de l’OIM indiquent que 66 % des personnes déplacées recensées sont accueillies dans la commune de Gros-Morne, tandis que 26 % se trouvent aux Gonaïves. Cette concentration des déplacés dans ces deux communes risque d’accentuer la pression sur les ressources disponibles, dans un contexte où les besoins humanitaires demeurent importants.
Une crise qui dépasse la région métropolitaine
La situation à Gros-Morne s’inscrit dans une crise sécuritaire plus large qui touche plusieurs régions d’Haïti. Alors que les violences armées ont provoqué des déplacements massifs dans la région métropolitaine de Port-au-Prince, l’Artibonite est également confronté à une multiplication des incidents et à une détérioration des conditions de sécurité.
Cette évolution est particulièrement préoccupante, puisque des localités situées en dehors de la capitale, qui pouvaient auparavant accueillir des personnes fuyant les violences, sont désormais elles-mêmes touchées. En conséquence, les possibilités de trouver un refuge durable se réduisent pour de nombreuses familles.
Les déplacements successifs aggravent également la précarité des populations concernées. En quittant leur domicile, les ménages risquent de perdre leurs biens, leurs sources de revenus et l’accès à leurs activités habituelles. Pour les familles déjà fragilisées, cette rupture peut entraîner une dépendance accrue à l’aide humanitaire.
L’urgence d’une réponse adaptée
Dans son rapport, l’OIM souligne la nécessité de continuer à suivre l’évolution des déplacements dans la commune de Gros-Morne, alors que la poursuite des violences pourrait entraîner de nouveaux mouvements de population. L’actualisation régulière des données demeure essentielle pour identifier les besoins et orienter les interventions humanitaires.
Toutefois, au-delà du recensement des personnes déplacées, l’ampleur de la crise pose la question de la protection des civils et de la capacité des autorités à rétablir des conditions de sécurité suffisantes. Sans une amélioration durable de la situation, les familles contraintes de fuir risquent de rester dans l’incertitude, tandis que les communautés d’accueil devront continuer à supporter une charge supplémentaire.
Avec 8 486 personnes déplacées en l’espace de quelques jours, Gros-Morne illustre ainsi l’aggravation de la crise sécuritaire et humanitaire dans l’Artibonite. L’évolution des violences déterminera désormais l’ampleur des besoins d’assistance et les perspectives de retour des familles dans leurs localités d’origine.
Source : Organisation internationale pour les migrations (OIM), Matrice de suivi des déplacements (DTM), « Haïti — Outil de suivi des urgences 110.1 : mise à jour sur les déplacements liés aux violences armées dans la commune de Gros-Morne, dans l’Artibonite, du 28 septembre au 6 octobre 2026 », publié le 7 octobre 2026.
Écrit par : Juniors PIERRE
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
