Baccalauréat 2026 : le CONEHQ conteste le bilan du MENFP et renvoie Vijonet Déméro à ses responsabilités
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Alors que le ministère de l’Éducation nationale tente de présenter les épreuves officielles du baccalauréat comme un succès, dans une note de presse publiée le 18 juillet 2026 par le Collectif national des enseignants haïtiens pour une éducation de qualité (CONEHQ) jette un sérieux doute sur cette version des faits. L’organisation d’enseignants dresse un tableau alarmant du déroulement des épreuves et pointe du doigt de graves défaillances qui, selon elle, relèvent directement de la responsabilité du ministre Vijonet Déméro.
Le document remet directement en cause la gestion du ministre Vijonet Déméro, qui avait pourtant assuré que toutes les dispositions avaient été prises pour permettre aux candidats de composer dans de bonnes conditions. Or, sur le terrain, la réalité semble avoir été tout autre.
Dans plusieurs communes, les élèves ont dû se rendre dans des centres d’examen situés en pleine zone d’insécurité. Certains ont parcouru de longues distances, parfois au péril de leur vie. D’autres ont composé dans des communes où des groupes armés imposent encore leur loi. Une situation qui soulève une première question : comment le ministère peut-il parler d’une session réussie alors que l’État reste incapable de garantir la sécurité des élèves sur une bonne partie du territoire national ?


Le CONEHQ dénonce de graves irrégularités dans l’organisation des examens du baccalauréat et interpelle le ministre Vijonet Déméro sur la gestion des repas promis aux candidats. Dans une note de presse publiée le 18 juillet 2026.
Le CONEHQ évoque également des sujets d’examen arrivés en retard dans plusieurs départements, des informations confidentielles circulant déjà dans certaines communes avant la fin des épreuves, ainsi que des surveillants dont beaucoup ne remplissaient pas les critères académiques normalement requis. Pour le collectif, ces recrutements relèveraient davantage de considérations politiques que de critères de compétence.
Mais un autre point qui alimente le débat : les repas destinés aux candidats.
Lors des préparatifs des examens, le MENFP avait annoncé que, par le biais du Programme national de cantines scolaires (PNCS), des repas seraient distribués aux élèves afin de leur permettre de composer dans les meilleures conditions. Toutefois, selon la CONEHQ, cette promesse n’a été que partiellement tenue.
D’après l’organisation, certains centres de la région métropolitaine ont effectivement bénéficié de distributions alimentaires. En revanche, dans plusieurs villes de province et même dans certains centres de Port-au-Prince, des milliers de candidats n’ont reçu ni repas ni aide alimentaire.
Cette situation soulève une série de questions auxquelles le ministère doit répondre :
Combien de gourdes ont réellement été allouées au programme de restauration durant les épreuves du baccalauréat ?
Combien de centres d’examen figuraient officiellement sur la liste des bénéficiaires ?
Pourquoi les distributions semblent-elles avoir principalement concerné certains centres de Port-au-Prince, alors que les candidats du Nord, du Nord-Est, du Centre, de l’Artibonite, du Sud, de la Grand’Anse, des Nippes ou du Nord-Ouest font face aux mêmes défis et aux mêmes besoins ?
Quel mécanisme de contrôle a permis de vérifier que les repas financés par l’État sont bien parvenus aux élèves ?
Et surtout : si un budget public a été engagé pour nourrir les candidats, où sont passées les ressources destinées aux milliers d’élèves qui affirment n’avoir rien reçu ?
Ces questions sont d’autant plus légitimes que la CONEHQ affirme également que, dans certains centres ayant reçu des repas, les conditions d’hygiène n’étaient pas toujours conformes aux normes minimales.
Cette note du CONEHQ met en lumière un problème beaucoup plus profond : celui de la gouvernance du système éducatif. Lorsque des sujets arrivent en retard, que des informations sensibles circulent avant la fin des examens, que des surveillants sont recrutés sans répondre aux critères de compétence et que des candidats ne bénéficient pas des mêmes conditions selon leur département, le principe d’égalité entre les élèves est sérieusement fragilisé.
Le ministre Vijonet Déméro ne pourra probablement pas se contenter de présenter un bilan positif de cette session. Les enseignants demandent désormais des réponses précises, de la transparence et des réformes concrètes.
Car au bout du compte, il ne s’agit pas seulement de savoir si les examens ont eu lieu. Il s’agit aussi de comprendre comment les fonds publics ont été utilisés, pourquoi les promesses faites aux candidats n’ont pas été respectées partout et qui assumera la responsabilité de ces nombreuses défaillances.
En matière d’éducation, la confiance ne se construit pas à coups de communiqués. Elle se gagne par la transparence, par une gestion rigoureuse des ressources publiques et par un traitement équitable de chaque élève, qu’il compose à Port-au-Prince, au Cap-Haïtien, aux Cayes, à Jérémie, à Hinche ou à Ouanaminthe. C’est précisément sur ces points que le MENFP est aujourd’hui attendu.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
