Satellite509

Journal libre, Indépendant et sans Subvention.

Carrefour–Port-au-Prince paralysé : la grève des chauffeurs et les neuf péages de gangs mettent à nu les limites de la PNH dirigée par André Jonas Vladimir Paraison

4 min read

Port-au-Prince, le 20 juin 2026 — Pendant que les autorités multiplient les déclarations rassurantes sur la lutte contre l’insécurité, la réalité du terrain raconte une toute autre histoire. Entre Carrefour et Port-au-Prince, les groupes armés imposent désormais jusqu’à neuf postes de péage illégaux, transformant l’une des principales artères du pays en corridor sous pression criminelle.

Pour de nombreux citoyens, cette situation constitue un constat accablant de l’affaiblissement de l’autorité de l’État. Chaque jour, chauffeurs, commerçants, étudiants et travailleurs doivent composer avec une réalité qui aurait été inimaginable il y a quelques années : payer pour circuler sur une route nationale.

Les conséquences sont immédiates. Le prix du transport explose, les activités économiques ralentissent et les habitants de Carrefour se retrouvent davantage isolés de la capitale. Ce sont les familles les plus modestes qui supportent le poids de cette crise, alors que leur pouvoir d’achat est déjà sévèrement frappé par l’inflation et la détérioration des conditions de vie.

Cette nouvelle démonstration de force des groupes armés intervient pourtant dans un contexte où la Police nationale d’Haïti a bénéficié ces derniers mois de nouveaux équipements, de véhicules spécialisés, de matériels tactiques et d’un soutien accru de partenaires internationaux. Malgré ces ressources, les résultats attendus par la population demeurent largement insuffisants sur plusieurs axes stratégiques du pays.

La direction générale de la PNH, dirigée par André Jonas Vladimir Paraison, fait aujourd’hui face à des interrogations de plus en plus pressantes. De nombreux observateurs estiment que le principal défi n’est plus uniquement celui des moyens, mais également celui de la stratégie, de la coordination et de l’efficacité opérationnelle. Car aux yeux de nombreux citoyens, la progression de l’influence des groupes armés contraste fortement avec les annonces officielles répétées sur les efforts de sécurisation.

Les critiques visent également le gouvernement du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Après de nombreux mois de promesses, de réunions, de communiqués et d’engagements publics, une partie importante de la population peine à identifier des changements concrets dans son quotidien. Pour beaucoup d’Haïtiens, la libre circulation demeure compromise, plusieurs quartiers restent inaccessibles et les principaux axes routiers continuent de subir la pression des groupes criminels.

L’apparition d’un neuvième poste de perception à Martissant est perçue par plusieurs analystes comme un symbole inquiétant : celui d’un État qui semble perdre davantage de terrain au moment même où il affirme reprendre le contrôle. Chaque nouveau barrage illégal devient ainsi un rappel brutal de l’écart entre les discours officiels et la réalité vécue par la population.

Dans les stations de transport, les marchés publics et les quartiers populaires, la lassitude grandit. Les citoyens ne réclament plus de grandes déclarations. Ils demandent des routes sécurisées, des écoles accessibles, des commerces protégés et la possibilité de se déplacer sans devoir financer indirectement des réseaux armés.

Pendant que les chauffeurs entrent en grève pour dénoncer l’asphyxie économique provoquée par ces péages illégaux, une question revient avec insistance dans l’opinion publique : comment expliquer qu’une route aussi stratégique puisse être soumise à autant de points de contrôle criminels sans qu’une réponse durable ne soit visible ?

Au-delà des discours et des conférences, c’est désormais le terrain qui rend son verdict. Et ce verdict est sévère : pour une grande partie de la population, la sécurité promise tarde encore à se matérialiser, tandis que les groupes armés continuent d’imposer leurs propres règles à des milliers d’Haïtiens contraints de vivre chaque jour sous la menace.

Spread the love