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Cartes d’identité défectueuses : après les aveux de , qu’est devenu le contrat de 27,7 millions de dollars avec Dermalog ?

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Les déclarations du directeur général de l’Office national d’identification, Reynold Guerrier, continuent de susciter des réactions. Invité sur les ondes de Radio Magik 9, le vendredi 3 juillet 2026, il a reconnu publiquement que près de 6,5 millions de cartes d’identification nationale produites ces dernières années présentent un défaut de fabrication.

Pendant longtemps, les citoyens dont la carte se détériorait se voyaient reprocher une mauvaise conservation. Selon le directeur général de l’ONI, les analyses réalisées par l’institution ont pourtant démontré que le problème ne provenait pas des utilisateurs, mais du matériau utilisé pour fabriquer les cartes.

« Même les cartes soigneusement conservées présentaient des problèmes de laminage », a expliqué Reynold Guerrier. Il a précisé que l’ONI avait mis fin à sa collaboration avec la firme allemande Dermalog et confié la production des nouvelles cartes à la société française IN Groupe.

Le responsable de l’ONI a également annoncé que les citoyens dont la carte est endommagée peuvent obtenir une réimpression gratuite, sans nouvel enrôlement, puisque leurs données biométriques sont toujours conservées dans la base de données de l’institution.

Derrière ces explications techniques, une question demeure : qui assumera les conséquences d’un contrat dont les résultats sont aujourd’hui reconnus comme défectueux ?

Le contrat signé entre l’État haïtien et Dermalog représentait un investissement de 27,7 millions de dollars américains. Selon les informations disponibles, une première tranche de 8,2 millions de dollars avait déjà été versée à l’entreprise en juillet 2018 par les autorités de l’époque.

Depuis les révélations du 3 juillet, plusieurs interrogations restent sans réponse. L’État haïtien a-t-il payé la totalité des 27,7 millions de dollars prévus au contrat ? Si oui, quelle part de cette somme a été récupérée après la découverte des défauts de fabrication ? Si non, quel montant reste encore dû à la firme allemande ?

Reynold Guerrier affirme également que l’ONI n’a obtenu qu’une compensation équivalant à 100 000 cartes, alors que près de 6,5 millions seraient concernées par le défaut de fabrication.

Comment expliquer un tel écart ? Cette compensation couvre-t-elle réellement les pertes subies par l’État haïtien ? Des négociations sont-elles toujours en cours avec le fournisseur ou le dossier est-il considéré comme clos ?

Le 7 juillet 2026, soit quatre jours après les déclarations de son directeur général, l’ONI a publié un communiqué pour répondre aux inquiétudes. L’institution y précise qu’elle n’a jamais demandé à l’ensemble des citoyens de refaire leur carte d’identification nationale. Seules les cartes présentant un défaut matériel pourront être réimprimées gratuitement. Toutes les autres restent valides jusqu’à leur date d’expiration.

Cette mise au point n’a toutefois pas dissipé toutes les interrogations. Au-delà de cette contradiction apparente, c’est surtout la gestion du contrat public qui interpelle.

Qui a validé la qualité des cartes avant leur distribution à des millions de citoyens ? Quels contrôles techniques ont été effectués avant le lancement de la production à grande échelle ? Pourquoi a-t-il fallu attendre plusieurs années pour reconnaître officiellement un problème déjà dénoncé par de nombreux usagers ?

Pourquoi aucune action judiciaire n’a-t-elle été annoncée contre la firme Dermalog, alors que l’ONI reconnaît l’existence d’un défaut de fabrication touchant des millions de documents officiels ?

La question des finances publiques reste également posée. La Cour supérieure des comptes a-t-elle audité ce contrat de 27,7 millions de dollars ? L’Unité de lutte contre la corruption ou d’autres organismes de contrôle ont-ils été saisis pour vérifier l’exécution de ce marché ? L’État envisage-t-il de réclamer des dommages et intérêts afin d’éviter que les contribuables supportent le coût du remplacement de millions de cartes ?

Les Haïtiens ne demandent pas seulement une nouvelle carte d’identité. Ils veulent savoir comment un contrat de 27,7 millions de dollars a pu conduire à la production de près de 6,5 millions de cartes défectueuses, qui en porte la responsabilité et qui répondra des pertes subies par l’État.

C’est désormais sur ce terrain que la transparence est attendue.

Par Sanon Marc-Antoine

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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