Déjà liée aux chefs de gangs et critiquée pour sa gestion, Lovely François veut renégocier les dettes de l’ONA sans règles publiques, le RHAJAC s’inquiète
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L’Office national d’assurance-vieillesse (ONA) affirme vouloir récupérer les sommes dues par ses débiteurs. Pourtant, le communiqué publié le 24 juillet 2026 sous la signature de la directrice générale, Lovely François, soulève davantage de questions qu’il n’apporte de réponses.
Présentée comme une opération de restructuration des dettes fondée sur « la bonne foi et l’équité », cette initiative ne fixe pourtant aucune règle claire. Le document ne précise ni les critères d’admissibilité, ni les réductions éventuellement accordées, ni les modalités de calcul des montants à payer, ni les mécanismes de contrôle destinés à prévenir les traitements de faveur.
À la place, l’ONA annonce qu’elle est prête à engager des négociations avec chaque débiteur souhaitant régulariser sa situation. Une approche qui, selon plusieurs observateurs et le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), ouvre la voie à des décisions discrétionnaires et à des arrangements négociés au cas par cas.

Dans une institution publique chargée de protéger l’épargne des assurés, cette absence de transparence est loin d’être anodine. Sans critères publics ni procédure uniforme, rien ne permet de garantir que tous les débiteurs bénéficieront du même traitement. Une telle méthode peut favoriser le clientélisme, les interventions politiques ou les pratiques de corruption.
Le communiqué ne révèle pas non plus le montant total des créances concernées, le nombre de débiteurs visés, ni les objectifs financiers recherchés. Les assurés, véritables propriétaires des fonds gérés par l’ONA, sont ainsi privés d’informations essentielles sur une opération qui pourrait avoir un impact important sur les finances de l’institution.

Cette communication intervient alors que la gestion de Lovely François fait déjà l’objet de nombreuses critiques. Sa direction est régulièrement mise en cause sur des questions de gouvernance et de transparence. Des allégations de proximité avec des chefs de gangs ont également circulé publiquement.
Dans ce contexte, ce communiqué risque davantage d’alimenter les soupçons que de restaurer la confiance. Au lieu d’annoncer un programme reposant sur des règles précises, des critères vérifiables et un contrôle indépendant, l’ONA privilégie des « négociations » dont les contours demeurent inconnus.
Pour une institution publique, la priorité devrait être de récupérer l’intégralité des fonds dus dans un cadre transparent et identique pour tous. En l’état, le communiqué laisse planer le doute sur les conditions réelles de cette restructuration et sur les garanties mises en place pour empêcher que cette opération ne devienne un nouveau terrain propice aux passe-droits et à la corruption.
Dossier à suivre.
Djovany Michel
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
