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Deux partis politiques, un même dirigeant : Ronsard St-Cyr au cœur du dispositif de Michel Martelly, quel danger pour le prochain Parlement ?

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Il y a près de sept ans, lors d’une interview accordée à Guy Wewe Show, à Boston, l’ancien président Michel Joseph Martelly avait laissé entendre qu’il travaillait à la mise en place d’une nouvelle structure politique baptisée Mouvement pour la Renaissance d’Haïti. À l’époque, cette déclaration n’avait pas suscité un grand débat. Pourtant, avec les événements de 2026, plusieurs observateurs estiment que les différentes pièces du puzzle commencent à s’assembler.

En effet, cette année 2026, Sandro Martelly, fils de l’ancien chef de l’État, a lancé une chanson intitulée « NOUPARE ». À première vue, il s’agit d’une œuvre musicale. Mais pour beaucoup, le message dépasse largement le cadre artistique. Les paroles évoquent une équipe déjà mobilisée, prête à affronter les politiciens, les adversaires et l’opposition. Cette sortie intervient alors que Michel Martelly lui-même répète depuis plusieurs années, dans plusieurs prises de parole publiques, la même expression : « Nou pare ».

Simple slogan ? Hasard ? Ou campagne de communication politique soigneusement préparée depuis plusieurs années ?

Ces interrogations prennent davantage de sens lorsqu’on observe les personnalités qui entourent ce nouveau projet.

Au premier rang figure Léon Ronsard St-Cyr, considéré comme l’un des plus fidèles collaborateurs de Michel Martelly.

Son parcours politique interpelle.
Le 10 août 2012, sous la présidence de Michel Martelly, il est installé comme ministre de l’Intérieur et des Collectivités territoriales. Le 24 février 2015, il devient directeur général du Fonds d’assistance économique et sociale (FAES). Puis, le 17 mai 2017, sous la présidence de Jovenel Moïse, il est installé comme secrétaire d’État à la Sécurité publique.

Son nom apparaît ensuite dans plusieurs dossiers ayant alimenté le débat public. La Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) a cité sa gestion dans certains rapports portant sur l’utilisation de fonds publics.
Mais un autre élément intrigue.
En août 2019, il participe à la création du NOUPAREH (Nouveau Parti pour la Renaissance d’Haïti).

Deux ans plus tard, en octobre 2021, il lance officiellement l’Alliance pour la Refondation de la Nation (ARN) lors d’une cérémonie organisée à l’hôtel Ritz Kinam II, à Pétion-Ville.

Aujourd’hui, il apparaît également comme président d’honneur du Mouvement pour la Renaissance d’Haïti.

Cette succession de structures soulève plusieurs questions.
Comment une même personnalité peut-elle être associée à plusieurs formations politiques ?
La loi électorale haïtienne autorise-t-elle qu’un dirigeant exerce simultanément des responsabilités dans plusieurs partis ?
Quelles vérifications sont effectuées lors de l’enregistrement officiel de ces formations politiques ?
Les mêmes exigences administratives sont-elles appliquées à tous les partis ou existe-t-il des traitements différents selon les acteurs politiques ?

Ces interrogations prennent une dimension encore plus importante lorsqu’on observe le contexte électoral actuel.
Le Parlement haïtien ne vote pas uniquement des lois. Il ratifie également la déclaration de politique générale d’un Premier ministre, contrôle l’action gouvernementale et peut influencer durablement les grandes orientations de l’État.

Si une même mouvance politique obtenait une majorité à la Chambre des députés et au Sénat, quelles garanties existeraient pour que les décisions soient prises uniquement dans l’intérêt de la population ?

L’histoire politique récente d’Haïti montre que plusieurs votes décisifs ont souvent été précédés d’intenses négociations politiques. Des accusations de promesses de postes, de partage d’influence ou d’autres formes de contreparties ont régulièrement alimenté le débat public. Ces accusations ont marqué différentes périodes de la vie politique haïtienne, sans pour autant concerner exclusivement une seule formation.

Dans ce contexte, de nombreux citoyens s’interrogent.
Le slogan « Nou Pare » prépare-t-il simplement une campagne électorale ou annonce-t-il le retour organisé d’un courant politique qui cherche à reprendre les commandes du pays ?
Pourquoi retrouve-t-on, autour de ce nouveau projet, plusieurs personnalités qui occupaient déjà des postes stratégiques sous la présidence de Michel Martelly ?

Quel projet concret est proposé aux Haïtiens confrontés aujourd’hui à l’insécurité, à la faim, aux déplacements forcés, à la fermeture d’écoles et à l’effondrement de nombreux services publics ?
Les citoyens veulent-ils encore des slogans ou attendent-ils enfin des solutions ?

À quelques mois des prochaines échéances électorales, ces questions dépassent largement le cas de Michel Martelly ou de son entourage. Elles touchent au fonctionnement même de la démocratie haïtienne.
Car derrière un slogan, une chanson ou un nouveau mouvement politique, une seule question demeure :

Haïti est-elle en train d’assister au retour d’une ancienne équipe sous une nouvelle bannière, ou à la naissance d’un véritable projet de renouveau pour le pays ?

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Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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