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Diffamation : John Colem Morvan condamné à payer 46 000 $ CAD à Windy Phele

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La Cour supérieure du Québec a condamné John Colem Morvan, dans un jugement rendu le 26 juin 2026, à payer 46 000 dollars canadiens au journaliste et juriste haïtien Windy Phele pour des propos diffamatoires. Morvan doit verser 30 000 dollars de dommages moraux, dont 15 000 solidairement avec sa société, Bravo à la Jeunesse inc. S’y ajoutent 16 000 dollars de dommages punitifs : 15 000 pour Morvan et 1 000 pour la société. Les montants portent intérêt.

L’affaire découle de prises de position de Windy Phele sur le référendum constitutionnel en Haïti. Morvan avait affirmé que celui-ci avait utilisé des fonds publics et du matériel de l’État pour construire la maison de sa mère à Thomonde, en échange de sa propagande pour la réforme voulue par Jovenel Moïse. Le tribunal a retenu le caractère diffamatoire de ces propos.

Le juge Sylvain Lussier reproche à Morvan de n’avoir fait aucun effort pour vérifier les faits, même après que des propos haineux et des menaces physiques ont été exprimés sur sa page Facebook. Il parle d’une « témérité » et d’une « insouciance coupable ». « Il a préféré sa notoriété à la vérité », écrit-il, ajoutant que Morvan a laissé les désaccords politiques déraper dans la calomnie, sinon l’appel à la violence. Le tribunal note aussi que Morvan n’a offert aucune excuse pour sa conduite.

Extraits du jugement rendu le 26 juin 2026 par la Cour supérieure du Québec dans l’affaire opposant Windy Phele à John Colem Morvan et à Bravo à la Jeunesse inc

Le jugement lui interdit de diffuser de nouveaux propos sur la criminalité et la corruption visant Windy Phele. Il doit retirer, dans les cinq jours, les publications visées de ses comptes Facebook et YouTube. Il doit aussi publier les conclusions du jugement, ainsi que plusieurs paragraphes, accompagnés d’une traduction certifiée en créole haïtien, dans les dix jours suivant la réception de cette traduction. Les frais, y compris ceux d’interprètes, sont à sa charge, et la mise sous scellés des pièces est levée.

John Colem Morvan à son studio BBJ international

Morvan avait déjà dû revenir sur ses propos. En août 2023, il avait présenté des excuses publiques à l’entrepreneur Jhonson Napoléon, dans une vidéo diffusée le 21 août et une note en français et en créole. Il y reconnaissait avoir tenu des propos sans preuve, notamment sur de supposées activités criminelles, et regrettait le tort causé à sa réputation en Haïti, au Chili et aux États-Unis.

Cette condamnation relance le débat sur le rôle de ceux qui se présentent comme des lanceurs d’alerte. Certains observateurs reconnaissent toutefois leur contribution : sans eux, des dossiers ne seraient peut-être jamais révélés. Mais dénoncer exige de la rigueur et du respect, sans chercher à détruire les personnes visées. C’est à ce prix que l’alerte garde sa crédibilité aux yeux du public.
@Léandro

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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