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En Haïti, certains ambassadeurs transformés en chefs d’État par des médias complaisants et des politiciens corrompus : enquête sur un système de protection

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Éditorial de Djovany Michel

Il faut avoir le courage de nommer les responsabilités. Si des diplomates étrangers exercent aujourd’hui une influence aussi visible dans les affaires internes d’Haïti, ce n’est pas d’abord leur faute. Ce sont nos propres élites politiques et certains médias qui leur confèrent ce pouvoir.

Des politiciens, en quête de protection ou de légitimité, se croient intouchables dès lors qu’ils reçoivent l’aval ou les orientations d’un acteur étranger, même lorsque celles-ci heurtent frontalement les intérêts nationaux. Ils nourrissent l’illusion qu’après avoir contribué à l’effondrement des institutions, ils trouveront refuge auprès de ces mêmes puissances. Pourtant, l’expérience récente prouve le contraire : une fois devenus encombrants, ils sont sanctionnés, écartés, puis abandonnés sans ménagement.

Mais la responsabilité ne s’arrête pas à la classe politique. Une partie des médias participe à cette dérive en présentant des diplomates comme s’ils étaient des autorités haïtiennes de plein exercice. Je viens encore de lire un titre affirmant : « Sécurité nationale : Antoine Michon évalue la situation à Kenscoff ». Or, M. Michon est ambassadeur de France accrédité en Haïti. Il représente les intérêts de l’État français. Il n’est ni chef d’État haïtien, ni chef de gouvernement, ni responsable institutionnel chargé de la sécurité nationale.

Cette confusion n’est pas anodine. Elle façonne la perception collective et contribue à banaliser une forme de tutelle symbolique. À force de relayer sans recul critique les prises de position diplomatiques comme s’il s’agissait d’arbitrages souverains, on finit par installer l’idée que la validation étrangère prime sur l’autorité nationale.

Posons la question sans détour : un média français présenterait-il l’ambassadeur d’Haïti en France comme évaluant la sécurité nationale française ? La réponse est évidente. Aucun État souverain ne permettrait qu’un représentant étranger soit médiatiquement érigé en autorité interne.

Un diplomate n’est pas un dirigeant haïtien. Il n’a ni mandat populaire, ni responsabilité constitutionnelle dans la conduite des affaires publiques du pays. Lui attribuer un rôle politique interne revient à affaiblir davantage une souveraineté déjà fragilisée.

L’exemple le plus marquant reste la crise ouverte après l’assassinat du président Jovenel Moïse en juillet 2021. Dans un contexte de vide institutionnel, un communiqué du Core Group appelant à la formation d’un gouvernement dirigé par Ariel Henry a été perçu comme un signal décisif dans l’orientation du pouvoir exécutif.

Au lieu d’un arbitrage strictement interne, beaucoup ont vu dans cette prise de position diplomatique une influence déterminante sur une décision relevant de la souveraineté nationale. Cet épisode a installé un précédent : celui où la validation extérieure semble peser plus lourd que les mécanismes institutionnels haïtiens.

La souveraineté ne se décrète pas ; elle se pratique. Et elle commence par le respect des fonctions, des titres et des responsabilités.

Djovany Michel
Journaliste d’investigation
Secrétaire général du RHAJAC

Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, un média d’investigation indépendant. Journaliste d’enquête, il est spécialisé dans la dénonciation de la corruption, la mauvaise gouvernance, les abus de pouvoir et les violations de l’intérêt public. Ses travaux portent sur des enjeux nationaux et internationaux, avec une approche rigoureuse, critique et documentée.

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