En tentant de détruire son propre monstre rebellé, André Apaid Jr a perdu un hélicoptère, et plusieurs bandits sont tombés dans le camp de “Lanmo Sanjou”
5 min readNon seulement les autorités politiques et policières restent silencieuses depuis le scandale, mais André Apaid Jr a même obtenu trois hélicoptères des forces de l’ordre pour tenter de neutraliser le monstre qu’il avait lui-même créé et qui s’est rebellé contre lui par insatisfaction de financement.
Le vendredi 14 novembre 2025, trois hélicoptères ont été déployés dans la plaine du Cul-de-Sac, au cœur d’une guerre ouverte opposant l’homme d’affaires André Apaid Jr et le gang dirigé par Joseph Wilson, un groupe qu’il a longtemps alimenté, selon plusieurs sources locales.
Une opération déclenchée par une rupture entre parrains et soldats

Photo d’une arme de guerre saisie par les forces de l’ordre lors de l’opération contre les criminels « 400 mawozo de Lanmò San Jou ».
Selon plusieurs habitants de la zone, l’escalade commence lorsque “Lanmo Sanjou” accuse Apaid Jr d’avoir fait détruire deux de leurs véhicules et d’avoir causé la mort de plusieurs hommes dans ce qu’ils appellent eux-mêmes :
« jaden dwòg ak zòsman boujwa a » une plantation illégale associée à des restes humains, que le gang attribue directement au magnat.

Photo de tonnes de marijuana diffusée sur les réseaux sociaux et attribuée à André Apaid Jr.
Lorsque le gang “Lanmo Sanjou” a réussi à affaiblir ou repousser le groupe rival “Chen Mechan” dans la plaine du Cul-de-Sac, cela a profondément modifié l’équilibre criminel de la zone.
Cette victoire leur a donné plus de territoire, plus d’influence, plus de points de taxation… et donc plus d’ambitions financières.
C’est pour cette raison que, selon plusieurs sources locales, Lanmo Sanjou s’est tourné vers André Apaid Jr pour exiger :

Photo circulant sur les réseaux sociaux de l’oligarque André Apaid Jr.
● une augmentation de la rémunération,
● davantage d’armes,
● une part plus importante des revenus générés sur le territoire récupéré.
Ce qu’André Apaid a refusé.
En réaction, Lanmo Sanjou a décidé de publier des vidéos montrant une usine appartenant à Apaid, contenant des tonnes de marijuana, de cocaïne, ainsi que des restes de corps humains ainsi que son passeport, et celui de sa femme et son fils.

Cette accusation a déclenché une série de représailles et précipité l’État dans une opération aérienne destinée à reprendre le contrôle… ou à effacer des traces trop compromettantes.
Un hélicoptère abattu : symbole des autorités dépassé par ses propre créatures

Le reste de l’hélicoptère abattu par les criminels de “Lanmo Sanjou”.
Au cours des frappes du 14 novembre 2025, l’un des trois hélicoptères engagés est sévèrement touché par des rafales venues du sol. L’appareil finit par s’écraser, blessant son pilote, désormais hors de danger.
L’ironie est glaçante :
le monstre que l’élite a nourri pendant des années se retourne aujourd’hui contre ses créateurs, avec une puissance de feu capable d’abattre un aéronef d’État.
Parmi les pertes enregistrées dans les rangs du gang figure Ti Lyon, bras droit de Joseph Wilson. D’abord blessé en tentant de fuir, il a finalement été tué par un drone.
D’autres, dont le dangereux MK JPP, ont réussi à se disperser.
Les forces engagées affirment n’avoir subi aucune autre perte, malgré l’intensité des échanges.
Armes lourdes : les gangs se transforment en unités paramilitaires
La saisie sur place d’un barrett, une arme lourde normalement réservée aux unités d’élite, confirme une réalité terrifiante :
les gangs haïtiens ne sont plus de simples groupes criminels, mais des forces paramilitaires dotées de matériel militaire sophistiqué.

Photo du chef criminel Lanmo Sanjou circulant sur les réseaux sociaux.
Cette montée en puissance n’a rien de spontané.
Elle est le résultat direct d’années de financement, de protections politiques et de trafics impliquant des acteurs économiques qui, aujourd’hui, cherchent à effacer leurs propres empreintes.
Une guerre dont la population paie le prix fort
Dans la plaine du Cul-de-Sac, les habitants vivent au rythme des rafales, des drones et des hélicoptères.
Pris en otage entre un État qui tente, de reprendre le terrain, des gangs surarmés et des élites économiques paniquées, ils assistent à une guerre qui n’a jamais été la leur.
L’opération du 14 novembre 2025 n’est pas seulement une confrontation militaire.

Une photo d’un des sacs de cocaïne attribués à André Apaid Jr, diffusée sur les réseaux sociaux.
C’est le retour de flamme d’un système de collusion entre élites, criminels et institutions affaiblies, un système qui s’est retourné contre ses architectes.
Perdre un hélicoptère, ce jour-là, n’était qu’un détail matériel :
ce qui s’est écrasé dans la plaine du Cul-de-Sac, c’est l’illusion que les autorités contrôlait encore les monstres qu’il avait contribué à créer.
Gerlanda D.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
