Enseignement obligatoire du créole en République dominicaine : Abinader rejette la proposition et évoque un « échec »
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La déclaration du président dominicain Luis Abinader concernant l’enseignement du créole dans les écoles de la République dominicaine n’est pas passée inaperçue en Haïti. En rejetant une initiative législative visant à rendre obligatoire l’enseignement de l’anglais, du français et du créole dans le système éducatif dominicain, le chef de l’État affirme vouloir renforcer l’apprentissage de l’anglais, tout en estimant que l’enseignement du créole constituerait un « échec ».
« Nous sommes très intéressés par l’enseignement de l’anglais, mais je pense que l’enseignement du créole est un échec », a déclaré Luis Abinader, interrogé sur cette proposition le lundi 14 septembre 2026.
Cette position peut surprendre, surtout lorsqu’on la replace dans la réalité particulière de l’île d’Haïti, où cohabitent depuis des siècles deux nations, deux peuples et deux cultures partageant la même terre.
Le créole haïtien n’est pas seulement la langue parlée par des millions d’Haïtiens en Haïti. Il est également présent au sein des communautés haïtiennes établies en République dominicaine, sur les marchés, dans les quartiers populaires, sur les lieux de travail, au sein des familles et dans les zones frontalières. Des milliers de Dominicains vivent eux aussi au quotidien au contact de cette réalité linguistique.
Dans ce contexte, l’apprentissage du créole pourrait être envisagé non pas comme un renoncement à l’espagnol ou à l’anglais, mais comme un moyen de mieux comprendre une partie de la société avec laquelle la République dominicaine partage sa frontière, son espace géographique et une partie de son histoire.
Les propos d’Abinader risquent ainsi de dépasser le simple débat sur les programmes scolaires. Ils touchent à une question bien plus profonde : celle des relations entre Haïtiens et Dominicains sur une île où les deux peuples sont condamnés, qu’ils le veuillent ou non, à continuer de cohabiter.
À une époque où les relations entre les deux pays restent marquées par des tensions migratoires, les expulsions d’Haïtiens, les débats sur la frontière et les enjeux économiques, la connaissance mutuelle devrait pourtant être considérée comme un vecteur de compréhension plutôt que comme une faiblesse.
En rejetant l’enseignement obligatoire du créole, Luis Abinader défend cette vision de l’éducation dominicaine. Mais pour de nombreux Haïtiens, entendre le président d’un pays voisin qualifier l’apprentissage de leur langue d’« échec » peut être perçu comme un manque de considération envers une langue qui constitue l’un des piliers de l’identité nationale haïtienne.
L’espagnol, le français, le créole et l’anglais peuvent coexister dans l’apprentissage, surtout dans une région où les échanges humains ont depuis longtemps outrepassé les barrières administratives.
Le débat soulevé par Abinader pose finalement une question essentielle : si connaître la langue de son voisin constitue un échec, que devient alors la connaissance de l’autre sur une île où Haïtiens et Dominicains sont appelés à partager le même espace géographique et un avenir commun ?
Par SANON MARC-ANTOINE
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
