Fin de mandat du CPT : Alfred Fils Métellus écarté du MEF, accusé de collusion avec des conseillers-présidents liés à des chefs de gangs
3 min read
Le Conseil des ministres tenu ce 7 février marque un tournant dans la gestion des finances publiques haïtiennes : Alfred Fils Métellus n’est plus ministre de l’Économie et des Finances. Selon des informations diffusées en dernière heure, l’intérim est désormais assuré par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Cette décision intervient à la veille de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition (CPT), dans un climat de fortes tensions politiques et de graves accusations de malversations.
Ce changement est intervenu quelques jours après la publication d’une note de presse du Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), datée du 29 janvier 2026. Dans ce document, l’organisation avait accusé Alfred Fils Métellus d’avoir engagé des décaissements massifs en dehors des normes légales, parlant d’un « pillage accéléré » des caisses de l’État dans les derniers jours de la transition. Le réseau avait affirmé que ces mouvements financiers auraient été réalisés dans des conditions irrégulières et dans un objectif politique précis.
Le RHAJAC avait soutenu que ces opérations auraient été menées avec l’appui ou la complicité de certains membres du CPT. Ont été nommément cités : Leslie Voltaire, Fritz Alphonse Jean, Smith Augustin, Louis Gérald Gilles et Edgard Leblanc Fils. L’organisation avait évoqué des liens présumés entre ces conseillers-présidents, des réseaux de corruption et des chefs de gangs armés — des accusations graves qui, à ce stade, relevaient de dénonciations publiques et appelaient des vérifications judiciaires.
Selon la note, ces manœuvres financières auraient aussi visé à repositionner Alfred Fils Métellus dans la course à la Primature et à assurer une forme de protection politique à certains acteurs après la fin officielle du CPT. Le RHAJAC avait demandé l’intervention immédiate de l’ULCC et des autorités judiciaires afin de bloquer les transactions suspectes et d’ouvrir des enquêtes formelles.
Le départ du ministre des Finances, annoncé en plein Conseil des ministres, est perçu par plusieurs observateurs comme une conséquence directe de ces révélations et de la pression médiatique qui s’était intensifiée. En parallèle, de nouveaux cartels intérimaires ont été annoncés pour les communes de Pétion-Ville, Port-au-Prince et Gressier, signe d’une recomposition rapide de certaines structures de pouvoir local.
Reste désormais à savoir si cette éviction ouvrira la voie à des enquêtes indépendantes et à des poursuites, ou si elle ne constituera qu’un ajustement politique de fin de cycle. Dans tous les cas, l’affaire souligne le poids croissant des dénonciations anticorruption dans la dynamique institutionnelle récente.
Léandro S Léonard
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média d’investigation spécialisé dans la lutte contre la corruption en Haïti, l’impunité, la mauvaise gouvernance et les abus de pouvoir. Journaliste anticorruption engagé, il mène des enquêtes sur les scandales financiers et les réseaux d’influence au cœur de l’État haïtien.
