Satellite509

Journal libre, Indépendant et sans Subvention.

Haïti – 33 jours après la réouverture du dossier Nenel Cassy : silence total, une réouverture pour mieux enterrer la vérité ?

3 min read

Plus d’un mois après la réouverture du dossier de l’ex-sénateur Nenel Cassy, le 22 septembre dernier, l’affaire semble sombrer dans le silence et l’immobilisme institutionnel. Trente-trois jours se sont écoulés depuis que le parquet de Port-au-Prince a annoncé la transmission du dossier au cabinet d’instruction, mais aucune avancée notable n’a été rendue publique. Ni convocation, ni audition, ni acte d’enquête sérieux n’ont été confirmés. Ce mutisme, devenu presque une marque de fabrique de la justice haïtienne, alimente les doutes sur la sincérité de la démarche engagée.

Cette inertie judiciaire contraste d’autant plus avec la libération controversée de l’ex-sénateur, survenue le 19 août 2025, après dix-sept jours de détention. Cette décision, perçue comme une concession politique, a ravivé les soupçons d’ingérence au sein de la justice haïtienne. Selon plusieurs analyses, la remise en liberté de Cassy aurait été facilitée par des pressions venues de l’entourage du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, dont il est réputé proche. Le scandale provoqué par cet épisode a été tel qu’il a coûté son poste au commissaire du gouvernement Me Frantz Monclair, révoqué pour avoir autorisé cette « libération injuste ». Des voix, notamment celle de Fritz Alphonse Jean, ont dénoncé une véritable « mafia d’État » orchestrant la protection d’alliés politiques au détriment de la vérité et de l’équité.

La réouverture du dossier Cassy, dans ce contexte déjà entaché de soupçons, avait pourtant suscité un mince espoir de rupture dans un système judiciaire rongé par l’inaction, les influences politiques et l’impunité. Accusé de délits graves — assassinat, enrichissement illicite, détournement de fonds et tentative d’enlèvement —, l’ancien parlementaire de Les Cayes symbolise, aux yeux de nombreux citoyens, le naufrage d’une justice sélective : prompte à s’émouvoir médiatiquement, mais lente, voire réticente, à agir. Trente-trois jours de silence administratif, sans rapport intermédiaire ni communication officielle, confirment malheureusement la persistance de cette culture d’oubli et d’atermoiement.

Faut-il donc se contenter d’une simple réouverture de dossier pour parler de justice ? Le peuple haïtien, las des annonces creuses, attend des actes, pas des communiqués. Une justice crédible ne se mesure pas à la fréquence de ses déclarations, mais à la transparence et à la rigueur de ses enquêtes. Tant que le dossier Cassy restera enfermé dans les tiroirs de l’instruction sans suite tangible, la confiance dans les institutions continuera de s’effriter. Car dans un État de droit, la vérité n’a pas besoin de délai : elle exige du courage.

Gerlanda F.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

Spread the love