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Haïti/Politique : accusé de liens avec le renseignement dominicain, Joseph Harold Pierre quitte EDE en fuyant les accusations

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La rupture est consommée entre Joseph Harold Pierre et le parti Les Engagés pour le Développement (EDE). Candidat à l’investiture présidentielle lors des primaires du parti, l’économiste et politologue annonce son départ quelques jours après la désignation de Claude Joseph comme candidat d’EDE à la présidence et la diffusion d’accusations concernant ses liens présumés avec les services de renseignement de la République dominicaine.

« Bye bye EDE ! Mwen fè on kite sa », écrit Joseph Harold Pierre dans une déclaration datée du 25 septembre 2026. Il invoque son attachement à « l’intégrité, au respect, à la sincérité et à la défense des principes » pour justifier sa décision.

Texte publié par Joseph Harold Pierre sur son compte X, le 26 septembre 2026, dans lequel il annonce son départ du parti EDE et conteste le processus ayant conduit à la désignation de Claude Joseph comme candidat à la présidentielle.

Mais dans ce texte de deux pages, Joseph Harold Pierre ne répond pas directement à l’accusation la plus grave qui pèse sur lui. Il ne précise pas la nature exacte de ses relations avec les services dominicains et ne fournit aucun élément permettant de dissiper les soupçons autour de son parcours professionnel en République dominicaine.

Le 17 septembre, le Bureau politique national d’EDE, réuni à l’hôtel El Rancho à Pétion-Ville, a désigné à l’unanimité l’ancien Premier ministre Claude Joseph comme candidat du parti à la présidentielle. Cette décision avait créé la surprise puisque, quelques heures auparavant, EDE avait présenté Joseph Harold Pierre, Jean Marc Berthier Antoine et Helph Monod Honorat comme les trois candidats officiellement engagés dans le processus. Claude Joseph ne figurait pas sur cette liste.

Quelques jours plus tard, des sources internes au parti et des médias ont rapporté que Joseph Harold Pierre avait été écarté sur fond d’accusations de liens avec les services de renseignement dominicains.

Joseph Harold Pierre, alors candidat à l’investiture présidentielle lors des primaires du parti Les Engagés pour le Développement (EDE).

Le passé professionnel de Joseph Harold Pierre en République dominicaine alimente cependant les interrogations. Il y a vécu et travaillé pendant plusieurs années. Une ancienne publication de 2011, signée de son nom, le présentait alors comme « investigateur économique et financier » au ministère des Finances de la République dominicaine et professeur à la Pontificia Universidad Católica Madre y Maestra, à Saint-Domingue. Cet élément confirme une activité professionnelle au sein du ministère dominicain à cette époque.

Selon une source bien informée en République dominicaine, contactée dans le cadre de cet article, Joseph Harold Pierre aurait également travaillé pendant plus de dix ans comme consultant auprès du ministère dominicain des Finances. Il aurait aussi été consultant pendant plusieurs années auprès de l’ancien député Víctor O. Bisonó Haza, dit Ito Bisonó. Ce dernier a été député du District national pendant 18 ans, de 2002 à 2020, avant d’intégrer le pouvoir exécutif sous la présidence de Luis Abinader. Ministre de l’Industrie et du Commerce à partir de 2020, puis ministre du Logement, il a été nommé ministre des Affaires étrangères de la République dominicaine en août 2026. La source présente Bisonó comme un mentor politique de Joseph Harold Pierre.

Harold Pierre a par ailleurs publiquement critiqué certaines positions de Claude Joseph sur les relations entre Haïti et la République dominicaine. Des publications récentes rapportent notamment qu’il avait qualifié d’« extrémistes » certaines positions de l’ancien Premier ministre face aux autorités dominicaines, avant de rejoindre le parti EDE.

Selon une source au sein d’EDE ayant requis l’anonymat, les soupçons visant Joseph Harold Pierre ne se limiteraient pas à ses liens présumés avec les services de renseignement dominicains. Certains membres du parti l’accuseraient également de connivence avec les oligarques haïtiens Dimitri Vorbe et Reginald Boulos.

Ces accusations viennent s’ajouter aux interrogations entourant son départ d’EDE.

Dans sa déclaration du 25 septembre 2026, Joseph Harold Pierre ramène plutôt le débat sur le fonctionnement interne d’EDE. Il accuse le parti de ne pas avoir respecté son propre processus de sélection et affirme que l’article 19 de sa charte prévoyait une primaire.

Une ancienne photo de Joseph Harold Pierre en compagnie de plusieurs participants dominicains refait surface, dans un contexte marqué par des interrogations sur ses relations en République dominicaine.

Selon sa version, aucun vote n’a finalement eu lieu le 17 septembre et Claude Joseph a été désigné par acclamation. Cette contestation du processus a également été rapportée par plusieurs médias.

Joseph Harold Pierre affirme avoir saisi le secrétaire général du parti, puis demandé à la Commission nationale d’investiture de poursuivre le processus afin qu’une véritable primaire soit organisée. Sa démarche n’aurait pas abouti.

Il dénonce également une campagne destinée, selon lui, à salir sa réputation et qualifie la situation d’« anomalie » et de « grande absurdité ». Il affirme avoir cherché à faire respecter les règles internes du parti.

Son texte explique longuement pourquoi il conteste la désignation de Claude Joseph, mais ne fournit pas d’explication détaillée sur la nature de ses relations professionnelles ou institutionnelles actuelles avec l’État dominicain.

Joseph Harold Pierre a finalement choisi de rompre avec EDE dans une lettre datée du 25 septembre 2026. « À partir de maintenant, je ne suis plus membre du parti politique EDE », annonce-t-il. Il assure toutefois qu’il ne quitte pas la politique et promet d’annoncer prochainement les prochaines étapes de son parcours.

« Batay mwen pou lòt Ayiti fèk kòmanse. M ap gen tan anonse nou pwochen etap yo », conclut-il.

Djovany Michel

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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