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Interdiction du port d’armes à Ouanaminthe, mais qui protège les citoyens ?

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La Délégation du Nord-Est, le Parquet de Ouanaminthe, la mairie et la Direction départementale de la Police nationale d’Haïti ont annoncé la suspension du port d’armes à feu dans toute la commune de Ouanaminthe à compter du samedi 5 septembre 2026, jusqu’à nouvel ordre. La mesure prévoit des sanctions contre toute personne qui ne s’y conformera pas. Si l’objectif affiché est de renforcer la sécurité, cette décision soulève néanmoins une question fondamentale dans une ville confrontée, comme d’autres régions du pays, à la menace des groupes armés : qui protégera les citoyens une fois désarmés ?

C’est précisément ce paradoxe qui inquiète. Pendant que les autorités demandent aux citoyens de laisser leurs armes à la maison, les bandits, eux, ne semblent soumis à aucune mesure comparable. Dans un pays où des individus armés peuvent imposer leur loi, contrôler des territoires et semer la peur, désarmer ceux qui respectent les règles peut donner le sentiment que seuls les criminels auront encore la possibilité de porter des armes. À quoi sert une interdiction si elle est respectée par les citoyens, mais ignorée par ceux qui constituent la principale menace ?

Capture d’écran de la note de presse de direction départementale du Nord-Est concernant l’interdiction du port d’armes

La question dépasse donc le simple port d’armes. Elle concerne la capacité de l’État à garantir effectivement la sécurité de la population. Si les autorités exigent des citoyens qu’ils renoncent à tout moyen de défense, elles doivent en contrepartie être capables d’assurer leur protection, celle de leurs familles et de leurs biens. Autrement, la mesure risque d’alimenter davantage le sentiment d’abandon d’une population déjà confrontée à l’insécurité. On ne peut pas demander aux citoyens de déposer leurs armes tout en laissant les bandits conserver les leurs.

Le véritable enjeu devrait être de faire respecter la loi à tous, sans distinction. Une politique de sécurité crédible ne peut pas se limiter à restreindre les moyens de défense des citoyens ordinaires ; elle doit surtout viser ceux qui utilisent les armes pour terroriser, tuer, extorquer et contrôler des quartiers ou des territoires. À Ouanaminthe, comme ailleurs en Haïti, la population est en droit de demander des réponses claires : si les citoyens doivent rester désarmés, qui sera réellement là pour les protéger lorsque les bandits, eux, continueront de porter des armes ?

Léandro S. LÉONARD

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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