Le RHAJAC réclame une enquête de l’ULCC sur l’utilisation des 2,5 milliards de gourdes promis aux parents démunis par le ministre Vijonet Déméro
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Le Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC) demande à l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) d’ouvrir « urgemment » une enquête sur les 2,5 milliards de gourdes annoncés pour soutenir 140 000 parents vulnérables à l’occasion de la rentrée scolaire 2026. Dans une note de presse publiée le 27 septembre à Pétion-Ville, l’organisation affirme que l’argent n’aurait pas atteint une partie importante des bénéficiaires annoncés. Des parents se plaignent depuis plusieurs semaines de ne pas avoir reçu l’aide promise, alors que l’année scolaire a déjà commencé.
L’opération avait été annoncée en août par le ministère de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle (MENFP) et le Fonds d’assistance économique et sociale (FAES). Le ministre Vijonet Déméro et le directeur général du FAES, Kesner Romilus, avaient signé le 18 août un protocole d’accord portant sur une enveloppe de 2,5 milliards de gourdes. Chaque parent ciblé devait recevoir 15 000 gourdes par NatCash ou MonCash. Le programme concernait notamment des familles dont les enfants fréquentent des écoles nationales, communautaires, communales et presbytérales situées dans des zones défavorisées. Pourtant, selon le RHAJAC, plusieurs bénéficiaires affirment n’avoir reçu aucun paiement.
Le réseau soulève surtout une incohérence dans les chiffres annoncés. À raison de 15 000 gourdes pour chacun des 140 000 bénéficiaires, le coût théorique des transferts s’élève à 2,1 milliards de gourdes, et non à 2,5 milliards. Le calcul est simple : 140 000 × 15 000 = 2 100 000 000 gourdes. Il reste donc une différence de 400 millions de gourdes que le RHAJAC demande au MENFP et au FAES d’expliquer et de documenter. Pour l’organisation, cette différence ne peut rester sans justification dans le cadre d’une opération financée par des fonds publics.
Le RHAJAC va plus loin et affirme que des sources anonymes au sein du MENFP soupçonnent le ministre Vijonet Déméro et le directeur du FAES, Kesner Romilus, d’avoir détourné une partie des fonds. Ces accusations ne sont toutefois pas établies par les éléments contenus dans la note et nécessitent une vérification indépendante. C’est précisément pourquoi l’organisation demande à l’ULCC de retracer l’ensemble du circuit financier : montant réellement décaissé, somme effectivement reçue par le FAES, nombre de bénéficiaires identifiés et payés, montant distribué, solde restant et destination des 400 millions de gourdes de différence.
L’organisation réclame également un contrôle des listes de bénéficiaires et des opérations effectuées par NatCash et MonCash. Elle veut notamment que soient vérifiés les risques de doublons, de bénéficiaires fictifs ou de manipulation des listes, ainsi que les frais liés aux transferts. Le MENFP et le FAES sont appelés à publier un bilan détaillé de l’opération, tout en protégeant les données personnelles des parents et des élèves. Pour le RHAJAC, l’enjeu dépasse cette seule opération : dans un pays où les familles les plus vulnérables subissent déjà les conséquences de l’insécurité et des déplacements forcés, une aide destinée à la rentrée scolaire ne peut rester dans l’opacité. L’organisation exige donc que toute la lumière soit faite sur l’utilisation des 2,5 milliards de gourdes et annonce qu’elle continuera à suivre le dossier.
Léandro S LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
