Malgré le rapport accablant de l’ULCC concernant la déclaration de patrimoine de Sophia Saint-Rémy et Olivier Martelly, aucune mesure coercitive ni judiciaire n’est entreprise à leur encontre
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Un rapport d’enquête de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC), publié le 8 décembre 2025, met en lumière de graves manquements liés aux obligations légales de déclaration de patrimoine sous l’administration de l’ex-président Michel Joseph Martelly. Si ce dernier a soumis sa propre déclaration, le document indique que son épouse, Sophia Saint-Rémy Martelly, ainsi que son fils Michel-Olivier Martelly, tous deux conseillers durant la présidence, n’ont pas respecté cette exigence pourtant imposée par la loi aux hauts responsables et assimilés exerçant des fonctions publiques.
Selon les conclusions du rapport, ces deux proches collaborateurs du pouvoir présidentiel percevaient des rémunérations issues du Trésor public dans le cadre de leurs fonctions. À ce titre, ils étaient soumis aux mêmes obligations de transparence patrimoniale que les autres agents concernés. L’ULCC souligne que cette obligation n’a pas été remplie, malgré la clarté des textes en vigueur et l’existence de mécanismes administratifs destinés à encadrer ces déclarations. L’infraction n’est donc pas ambiguë : elle est explicitement encadrée par la loi.
Le cas de Sophia Saint-Rémy Martelly est particulièrement détaillé dans le document. L’enquête fait état de relevés de chèques émis par le ministère de l’Économie et des Finances entre mai 2011 et février 2016, démontrant des versements réguliers. Ces montants, précise le rapport, n’ont pas été intégrés dans une déclaration de patrimoine conforme aux exigences légales. Pour une institution spécialisée dans la détection des irrégularités financières publiques, une telle omission ne peut être réduite à une simple négligence administrative : elle constitue un manquement grave aux règles de transparence.
Plusieurs mois après la publication officielle du rapport, rendue publique depuis le 8 décembre 2025, aucune mesure coercitive ni aucune poursuite judiciaire visible n’est engagée contre les personnes citées. Cette inertie interroge. Pourquoi les conclusions techniques existent-elles sans traduction judiciaire ? Pourquoi les mécanismes de contrainte ne s’activent-ils pas automatiquement lorsqu’un organe anticorruption documente des violations légales ?
Cette absence de suite alimente les critiques sur une justice perçue comme sélective, rigoureuse envers les agents subalternes, prudente face aux proches du pouvoir. En matière de lutte contre la corruption, la crédibilité ne repose pas sur la production de rapports, mais sur les décisions qui en découlent. Tant que les conclusions officielles ne débouchent pas sur des actes judiciaires effectifs, la reddition de comptes reste théorique, et l’impunité conserve un terrain fertile.