ONA : Lovely François continue de nommer des personnes recommandées par des chefs de gangs
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La gestion de Lovely François à la tête de l’Office national d’assurance-vieillesse, ONA, prend une tournure préoccupante. Selon les informations recueillies par notre rédaction, elle continue de nommer au sein de l’institution des personnes recommandées par des chefs de gangs.
Les recommandations identifiées proviennent notamment de Christ-Roi Chéry, alias Krisla, de Johnson André, alias Izo, et de Renel Destina, alias Ti Lapli. Ces hommes sont publiquement identifiés comme des dirigeants de groupes armés.
Johnson André dirige le gang 5 Segond et fait l’objet de sanctions américaines. Renel Destina dirige Grand Ravine et figure sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies. Christ-Roi Chéry est présenté dans des rapports de l’ONU comme le chef du gang Ti Bwa.
L’ONA ouverte aux recommandations de chefs de gangs
Les éléments recueillis indiquent que des candidats soutenus par ces chefs de gangs ont obtenu des postes au sein de l’ONA. Lovely François doit maintenant expliquer comment ces recommandations sont arrivées jusqu’à son administration et pourquoi elles ont été acceptées.
Qui a transmis les dossiers ? Qui a validé les nominations ? Quelles fonctions occupent les personnes concernées ? Quelles sont leurs qualifications ? Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé avait-il connaissance de ces pratiques ?
Lovely François doit publier l’identité des bénéficiaires de ces nominations, leurs fonctions, leurs qualifications, leurs salaires et leurs dates de recrutement. Les autorités doivent aussi vérifier si ces personnes ont accès aux dossiers personnels des assurés, aux informations administratives ou à des mécanismes internes sensibles.
L’intégration de personnes recommandées par des chefs de gangs expose l’ONA, ses assurés et ses employés à des risques majeurs.
L’argent de l’ONA appartient aux cotisants
L’argent géré par l’ONA appartient aux cotisants. Chaque gourde versée provient du salaire d’un travailleur.
Un employé peut cotiser pendant plusieurs années dans l’espoir de recevoir une pension après une vie de travail. Pour de nombreuses familles, cette pension représente la seule protection contre la pauvreté pendant la vieillesse.
Ces cotisations ne doivent pas servir à satisfaire des intérêts politiques ou criminels. Elles ne doivent pas financer un système de récompenses réservé aux protégés de responsables influents ou de chefs de gangs.
Pendant que des jeunes diplômés cherchent un emploi sans soutien politique, des personnes recommandées par des groupes armés obtiennent des postes dans une institution publique. Cette pratique risque de convaincre certains jeunes que le mérite et la droiture ne suffisent plus pour réussir.
Les qualifications de Lovely François réclamées

Les interrogations concernent également le parcours de Lovely François. La directrice générale doit publier ses diplômes, ses expériences professionnelles et les critères ayant conduit à sa nomination.
Diriger l’ONA exige des compétences précises en administration, en finances, en protection sociale et en gestion des fonds publics. Les assurés ont le droit de connaître les qualifications de la personne chargée de gérer leurs cotisations et de protéger leur avenir.
Cette demande rejoint une initiative engagée par quinze organisations de défense des droits humains.
Une lettre reçue le 18 août 2026
Dans une correspondance reçue par la Primature le 18 août 2026, ces organisations demandent au Premier ministre d’adopter une directive contraignante. Celle-ci obligerait les membres du gouvernement et les hauts fonctionnaires à publier officiellement leurs titres académiques et leurs parcours professionnels.
Cette démarche fait suite à une lettre adressée le 31 mai 2026 par Josias Charles, citoyen haïtien vivant au Canada et membre de la diaspora. Il demande aux autorités de rendre accessibles les qualifications des dirigeants des institutions publiques.
Les organisations dénoncent les controverses entourant les diplômes et les compétences de certains hauts responsables. Elles considèrent cette opacité comme une injustice envers les jeunes qui obtiennent leurs titres avec rigueur, mais restent exclus de l’administration publique.
Elles demandent également à la Primature de publier sur son site officiel le parcours académique et professionnel certifié du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé.
Les représentants et les organisations mentionnés dans la lettre sont :
Me Darbenzky Gilbert, Ordre des défenseurs des droits humains, ORDEDH.
Me Johnny Cilneus, Droit et la Vie humaine, DVH.
Me Ismond Jérôme, Jamais Sans Mon Avocat, JASMA.
Me Wilguens Dupera, Organisation nationale de développement d’aide à la population, ONADAP.
Me Frantz Louisneus, Ministère international des droits humains en action, MIDDHA.
Jonas Auguste, Réseau d’observateur national pour la démocratie et les droits humains, RONDDH.
Me Accédène Julien, Association nationale des professionnels haïtiens, ANDPH.
Jackson Pierre Noël, Plateforme nationale pour le progrès des droits humains, PNPDH.
Me Jemps Meralus, Ligue haïtienne de défense des droits humains, LHDDH.
Me Jeff Vincent, Association des jeunes pour l’épanouissement social des communautés et la protection des femmes, AJESCHAPF.
Kerven’s Pierre Peck, Centre d’analyse en instruction citoyenne, CARIC.
Me Daniel Simon, Action nationale contre la violation des droits humains, ANCVDH.
Alex Calas, Observatoire haïtien pour le droit et pour la liberté de la presse, OHDLP.
Gamanuel Brutus, Institut national d’observation d’Haïti, INOHA.
Jacques Antoine Bazile, Centre d’intervention en droits humains, CIDHU.
Un audit indépendant devient indispensable
Un audit doit identifier chaque personne nommée sur recommandation de Christ-Roi Chéry, Johnson André, Renel Destina ou de tout autre chef de gang. Il doit déterminer qui a transmis et validé ces recommandations.
L’enquête doit également vérifier les qualifications des bénéficiaires, leurs fonctions, les salaires versés et leur niveau d’accès aux informations de l’ONA. Elle devra établir si des fonds publics ou des ressources institutionnelles ont profité directement ou indirectement à des réseaux criminels.
L’Unité de lutte contre la corruption, la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif ainsi que les autorités judiciaires compétentes doivent examiner les recrutements, les contrats et les dépenses effectués sous la direction de Lovely François.
Le Premier ministre ne peut pas continuer à ignorer ces informations. Son silence fragilise davantage l’ONA et laisse les assurés sans réponse.
L’ONA appartient aux travailleurs. Lovely François doit rendre compte de ses nominations, publier ses qualifications et expliquer sa gestion. Les cotisations versées après des années de travail méritent mieux que l’opacité, le favoritisme et l’influence des gangs.
Djovany Michel
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
