ONU : Haïti s’enfonce, les réunions s’accumulent – Alix Didier Fils-Aimé pointe ailleurs au lieu d’agir
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Le Premier ministre haïtien, Alix Didier Fils-Aimé, doit intervenir ce jeudi 23 avril 2026 devant le Conseil de sécurité des Nations unies à New York, dans un contexte de crise sécuritaire persistante qui échappe toujours au contrôle de l’État.
Nommé le 11 novembre 2024 à la tête du gouvernement, cet homme d’affaires a succédé à Garry Conille avec pour mission de conduire la transition politique. Depuis le 7 février 2026, à la suite de la fin du mandat du Conseil présidentiel de transition, il exerce les pleins pouvoirs exécutifs. Pourtant, au lieu d’affronter directement la réalité interne, il continue de privilégier les démarches extérieures, s’inscrivant dans une continuité de pratiques déjà observées chez plusieurs de ses prédécesseurs.
Officiellement, la Primature évoque une démarche destinée à rétablir l’autorité publique, renforcer la sécurité et relancer le processus constitutionnel. À la tribune internationale, le chef du gouvernement devrait une nouvelle fois appeler à un soutien accru de la communauté internationale face à la montée en puissance des groupes armés.
Mais en Haïti, la réalité ne suit plus le rythme des discours.
Depuis des années, les réunions au Conseil de sécurité des Nations unies se multiplient sans produire le moindre résultat concret sur le terrain. Les annonces d’aide s’accumulent, les montants engagés atteignent des niveaux considérables, mais aucun basculement n’est observable. L’insécurité progresse, les gangs étendent leur emprise et l’État recule.
Ce décalage alimente un constat de plus en plus partagé : la stratégie actuelle, centrée sur des appels répétés à l’international, ne produit aucun résultat tangible. Elle donne même le sentiment d’un pouvoir davantage tourné vers l’extérieur que confronté à ses propres responsabilités internes.
Pendant ce temps, la transition s’installe dans la durée. Près de cinq ans après son ouverture, aucune échéance électorale crédible n’est en vue. L’absence de contre-pouvoirs renforce un climat d’opacité, tandis que les décisions publiques peinent à répondre à l’urgence nationale.
Sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Des milliers de familles fuient leurs quartiers, les zones contrôlées par les groupes armés s’étendent, et la population vit sous une menace constante. L’autorité de l’État, invoquée dans les discours officiels, reste largement théorique.
Dans ce contexte, une interrogation revient avec insistance : pourquoi aucune rupture stratégique n’est engagée malgré l’ampleur de la crise ?
Pour de nombreux observateurs, les priorités sont connues : réactiver une justice fonctionnelle, démanteler les réseaux criminels, rétablir la sécurité et organiser des élections crédibles. Autant de leviers internes qui restent, jusqu’ici, insuffisamment actionnés.
Mais un verrou persiste. Le pouvoir en place est régulièrement accusé d’incarner le système qu’il prétend réformer, ce qui limite sa capacité à mener une véritable confrontation avec les structures qui alimentent la crise. Dans ces conditions, les appels répétés à l’aide internationale apparaissent davantage comme un palliatif que comme une solution.
Résultat : les groupes armés continuent de gagner du terrain, la transition se prolonge sans horizon clair et la crise s’enracine.
Face à cette situation, la population ne croit plus aux annonces. Elle attend des décisions, des résultats, et surtout une volonté politique capable de rompre avec un cycle d’inaction qui dure depuis trop longtemps.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
