Plaine du Cul-de-Sac en flammes : André Jonas Vladimir Paraison confronté à l’échec opérationnel de la Police nationale
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La Plaine du Cul-de-Sac vit une nouvelle descente aux enfers. Ce mardi 12 mai 2026 au matin, les rafales d’armes automatiques ont déchiré le silence déjà traumatisé de cette région abandonnée, où des milliers de familles tentent de survivre entre la peur, la fuite et la mort.
Depuis plusieurs jours, les groupes armés imposent leur loi dans cette zone stratégique située à l’entrée nord-est de la capitale. Mais entre dimanche 10 et mardi 12 mai, la violence a atteint un niveau particulièrement insoutenable : maisons incendiées, familles dispersées, entreprises désertées, habitants exécutés ou contraints de fuir sous les balles. Le paysage ressemble désormais à celui d’un territoire en guerre totale.

Des riverains racontent avoir passé la nuit cachés dans des ravins, des cours abandonnées ou au bord des routes, avec des enfants terrifiés dans les bras. D’autres évoquent des corps abandonnés dans des zones devenues totalement inaccessibles. Les tirs nourris entendus depuis l’aube témoignent d’une situation sécuritaire qui échappe presque totalement au contrôle des autorités.
Le plus révoltant pour la population reste toutefois l’impuissance perçue des institutions chargées d’assurer la protection des citoyens. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, des appels à l’aide auraient été lancés à la Police nationale d’Haïti (PNH), dirigée par le Directeur général Vladimir Paraison, sans qu’une réponse rapide et proportionnée ne soit constatée sur le terrain au moment critique de l’escalade de la violence.
Dans le même temps, des critiques s’intensifient également à l’encontre de l’exécutif, notamment du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accusé par une partie de l’opinion de lenteur dans la coordination des réponses sécuritaires et de déficit d’action face à l’expansion continue des groupes armés.
Pendant que les gangs avancent, brûlent et tuent, l’État apparaît prisonnier de ses blocages administratifs et de ses limites opérationnelles. L’idée même qu’une intervention sécuritaire puisse tarder ou dépendre de mécanismes bureaucratiques alimente la colère d’une population qui se sent abandonnée.
La Plaine du Cul-de-Sac devient ainsi le symbole brutal d’un pays livré aux groupes armés, pendant que les institutions multiplient les annonces sans résultats tangibles. Les promesses répétées de reprise du contrôle territorial se heurtent chaque jour à la réalité des familles déplacées, des écoles fermées et des quartiers transformés en zones de guerre.
Depuis 2024, plusieurs secteurs de Port-au-Prince et de ses environs sont tombés sous l’influence de coalitions criminelles lourdement armées. Malgré l’aggravation constante de la crise, les réponses de l’État restent fragmentées, tardives et souvent inefficaces, selon de nombreux observateurs.
Aujourd’hui encore, dans la Plaine du Cul-de-Sac, des familles fuient sous les balles pendant que les flammes consument leurs maisons. Et derrière les murs des institutions, le pays donne l’impression de s’enfoncer, impuissant, dans une désintégration progressive de l’autorité publique.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
