Satellite509

l'info qui dérange, la vérité qui libère.

PSARA/Klere Chimen : Le MAST souhaite reprendre en main et renforcer le système national de protection sociale

5 min read

Le ministère des Affaires sociales et du Travail (MAST) entend franchir une nouvelle étape dans la gestion du programme Klere Chimen. Le ministre Marc-Elie Nelson a réaffirmé, ce lundi 14 septembre 2026, la volonté de l’État haïtien de renforcer son rôle dans la gestion du programme, lors d’une réunion avec le Programme alimentaire mondial (PAM), la Banque mondiale et la Coopération suisse.

Cette rencontre intervient alors que se prépare le passage progressif de Klere Chimen vers une exécution directe par le MAST. Pour le ministère, cette transition ne doit pas se limiter à un simple changement de gestion. Elle doit avant tout permettre à l’État d’acquérir davantage de capacités, d’expérience et d’outils afin de bâtir un système de protection sociale plus solide et mieux coordonné.

Les échanges ont porté sur les résultats déjà obtenus par Klere Chimen, le transfert graduel des responsabilités au MAST, le renforcement des structures nationales et la possibilité d’étendre le programme aux dix départements du pays. Le ministre Marc-Elie Nelson a salué le soutien apporté au gouvernement par les trois partenaires et a insisté sur la complémentarité de leurs interventions, notamment entre le financement de la Banque mondiale via le PSARA et l’appui de la Coopération suisse.

ministre Marc-Elie Nelson

Pour le titulaire du MAST, l’ambition doit aller au-delà d’un simple programme. Klere Chimen doit servir d’expérience et de levier pour consolider progressivement le système national de protection sociale. Cela passe notamment par le renforcement des institutions, du Système d’information du ministère des Affaires sociales et du Travail (SIMAST), des mécanismes de paiement, de la gestion des bénéficiaires et de la coordination entre les différents acteurs.

Le ministre salue donc la perspective d’une prise en main directe du programme par le MAST, mais appelle à la prudence quant à la méthode à suivre. À ses yeux, le transfert de responsabilités doit s’accompagner d’un véritable transfert de compétences et de ressources. « Transférer des responsabilités sans transférer les capacités, c’est fragiliser la pérennité de l’action publique », a-t-il averti.

Au cours de sa mise en œuvre, le programme Klere Chimen a permis d’établir ou de consolider plusieurs mécanismes liés aux transferts monétaires, à l’identification des bénéficiaires, au ciblage des ménages, aux paiements, au traitement des plaintes ainsi qu’au suivi-évaluation. Le MAST entend désormais tirer parti de cette expérience pour renforcer ses propres structures.

Toutefois, le ministère insiste sur un point essentiel : la transition ne doit pas pénaliser les familles qui dépendent déjà de cette aide. Le passage à une gestion directe doit donc s’opérer sans interruption des services ou des transferts destinés aux ménages vulnérables. Dans cette optique, le MAST propose la mise en œuvre d’une feuille de route commune définissant clairement les responsabilités à transférer, les capacités à développer, l’assistance technique nécessaire, les échéances ainsi que les mécanismes permettant de suivre l’évolution du processus.

La réunion a également ouvert une réflexion plus large sur l’avenir de la protection sociale en Haïti. Le ministre estime que le pays doit progressivement s’éloigner d’une approche fondée sur des programmes cloisonnés pour évoluer vers un système national plus cohérent, harmonisé et pérenne. Dans cette logique, la Politique nationale de protection et de promotion sociales (PNPPS) est appelée à devenir le cadre de référence permettant de mieux coordonner les différentes initiatives.

Le projet de plan en cours d’élaboration devrait notamment tirer des enseignements de l’expérience de « Klere Chimen » et de la collaboration entre la Banque mondiale, la Coopération suisse et le PAM. Pour Marc-Elie Nelson, l’objectif est clair : les ressources fournies par les partenaires internationaux doivent contribuer concrètement au renforcement des institutions nationales plutôt qu’à la création de mécanismes fonctionnant de manière isolée.

Une attention particulière est également portée au SIMAST. Le gouvernement souhaite en faire progressivement le registre social unique de l’État haïtien, un projet de décret étant actuellement en préparation. Le projet de décret instituant le DTSI-MAST devrait, quant à lui, renforcer l’organisation technique et institutionnelle des systèmes d’information du ministère.

Le recours à des méthodes alternatives de collecte de données est aussi envisagé afin d’étendre plus rapidement la couverture du SIMAST, notamment dans les zones difficiles d’accès et en situation d’urgence. Pour le MAST, disposer de données fiables sur les populations vulnérables demeure une condition essentielle pour mieux cibler les interventions publiques.

À l’issue des échanges, le ministère et ses partenaires ont manifesté leur volonté de poursuivre les travaux autour de plusieurs priorités : l’extension de « Klere Chimen », l’institutionnalisation du SIMAST, l’harmonisation des mécanismes de ciblage, le développement d’une protection sociale capable de répondre aux crises et le renforcement de la coordination nationale.

« Chaque investissement réalisé aujourd’hui doit contribuer à rendre le système national de protection sociale plus robuste demain », a déclaré Marc-Elie Nelson, résumant ainsi l’orientation défendue par le MAST.

La réunion s’est tenue en présence de cadres techniques de l’Unité d’études des programmes du MAST et de plusieurs représentants d’institutions partenaires : Lauren Landis, directrice pays du PAM ; Sergot Jacob, conseiller en politiques au PAM ; Nina Astfalk, cheffe de la Coopération suisse en Haïti ; Lukas Luscher, chef adjoint de la section Amérique latine ; Dieter Loosli, responsable des ressources humaines pour Haïti ; ainsi qu’Anne-Lucie Lefebvre, représentante résidente de la Banque mondiale pour Haïti.

Par SANON Marc-ANTOINE

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

Spread the love