Sanctionné par Washington, entendu dans l’affaire Jovenel Moïse : le départ de Martelly pour Washington soulève des questions
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L’ancien président haïtien Michel Martelly a quitté Haïti le 25 juillet 2026 pour les États-Unis, quelques jours après avoir été de nouveau entendu par la justice haïtienne dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse, survenu dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021.
Ce départ, intervenu après la seconde audience, a suscité de nombreuses interrogations au sein de l’opinion publique haïtienne. Alors que la justice s’efforce toujours d’établir la vérité sur l’assassinat de Jovenel Moïse, beaucoup s’interrogent sur la véritable portée des poursuites judiciaires engagées contre les différentes personnalités citées dans cette affaire.
Michel Martelly, figure majeure de la politique haïtienne et ancien chef d’État de 2011 à 2016, est également visé par les sanctions imposées à son encontre par les autorités américaines et canadiennes ces dernières années. En novembre 2022, le Canada a annoncé des sanctions visant plusieurs anciens responsables haïtiens, dont Michel Martelly, accusé d’avoir contribué à la crise institutionnelle et sécuritaire en Haïti. En décembre 2022, les États-Unis ont à leur tour imposé des sanctions à l’ancien président haïtien, invoquant des allégations liées au trafic de drogue et au financement d’activités criminelles.
Mais une question demeure : comment expliquer qu’une personne sanctionnée par Washington puisse continuer à se rendre aux États-Unis ? Quelle est aujourd’hui la nature exacte de ces sanctions ? S’agit-il d’une interdiction d’entrée sur le territoire américain, d’un gel des avoirs, de restrictions financières ou de mesures ciblées visant certains comportements ?
Ces questions alimentent le débat au sein de la société haïtienne, où nombreux sont ceux qui dénoncent la lenteur de la justice. Pour certains observateurs, le retour de Martelly aux États-Unis après son passage devant la justice haïtienne soulève des interrogations quant à la cohérence entre les sanctions internationales et leur application concrète.
Au-delà du cas personnel de Michel Martelly, c’est toute la question de la lutte contre l’impunité en Haïti qui revient au cœur des débats. Plusieurs années se sont écoulées depuis l’assassinat de Jovenel Moïse, mais les familles des victimes et une grande partie de la population attendent toujours des réponses claires : qui a planifié l’opération ? Qui l’a financée ? Qui en sont les véritables commanditaires ?
Toutefois, pour de nombreux Haïtiens, les interrogations demeurent nombreuses. Pourquoi certaines personnalités politiques influentes de longue date continuent-elles de jouir d’une marge de manœuvre internationale, malgré les accusations et les sanctions qui les visent ?
Les sanctions américaines ont-elles réellement produit l’effet escompté ? Ont-elles permis de faire avancer la justice ou sont-elles devenues de simples mesures symboliques sans impact réel ?
Dans un pays où l’insécurité, la pauvreté et la méfiance envers les institutions ne cessent de gagner du terrain, le moindre fait et geste d’une personnalité politique controversée devient un sujet d’intérêt national. L’affaire de l’assassinat de Jovenel Moïse demeure ainsi l’un des grands défis pour la justice haïtienne : celui de prouver que nul, quels que soient son passé ou son influence, n’est au-dessus des lois.
Par Sanon Marc-Antoine
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
