Scandale à l’OAVCT : une conférence de presse de Josué Mérilien perturbée, Gédéon Jean accusé de bénéficier de 22 millions de gourdes par mois
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Une conférence de presse au cours de laquelle le syndicaliste Josué Mérilien abordait notamment des questions liées à la gestion de l’Office d’assurance véhicules contre tiers (OAVCT) a été perturbée par des individus présentés comme des partisans et agents de sécurité du directeur général de l’institution. Une vidéo de cette conférence, parvenue à la rédaction de Satellite509, le mercredi 21 octobre 2026, montre des échanges houleux et une vive tension, avec des bousculades. Ces incidents surviennent alors que des syndicalistes dénoncent des irrégularités présumées dans la gestion des recettes de l’institution et réclament une enquête sur les responsabilités des dirigeants.
Au cœur de cette controverse figure Gédéon Jean, accusé par des syndicalistes de bénéficier de près de 22 millions de gourdes par mois provenant des recettes de l’annexe de Pétion-Ville. Selon les dénonciateurs affirment que cette annexe collecte environ 22 millions de gourdes mensuellement. Ils mettent également en cause le directeur général, Jocelyn Pierre, dont ils contestent la gestion des recettes de l’annexe de Delmas 33, évaluées à environ 30 millions de gourdes par mois. Ces montants et accusations n’ont pas été confirmés par un audit indépendant.
Des recettes considérables, des questions sans réponse
Le dossier dépasse les accusations visant des individus. Selon les chiffres avancés par le Syndicat pour la défense des employés de l’OAVCT (SDE-OAVCT), les recettes mensuelles atteindraient environ 30 millions de gourdes à Delmas 33, 22 millions à Pétion-Ville et 18 millions au Cap-Haïtien. Ces montants représentent des sommes importantes dont la collecte, le dépôt bancaire et l’utilisation devraient pouvoir être retracés à partir de documents comptables vérifiables.
Le syndicat s’inquiète notamment d’une note datée du 8 juillet 2026, qui aurait autorisé les responsables des annexes et les coordonnateurs régionaux à déposer les recettes à la banque chaque semaine, au lieu de le faire quotidiennement. Dans une lettre ouverte publiée le 25 septembre, puis dans une nouvelle intervention le 14 octobre, l’organisation a demandé au directeur général, Jocelyn Pierre, de justifier cette modification.
Pour le SDE-OAVCT, conserver les fonds plusieurs jours dans les bureaux fragilise les contrôles internes, complique la vérification quotidienne des recettes et expose les employés à des risques supplémentaires dans un contexte d’insécurité. Le syndicat estime que cette procédure ouvre la voie à d’éventuelles irrégularités et réclame le retour aux dépôts quotidiens. Le changement de procédure ne prouve toutefois pas, à lui seul, l’existence d’un détournement.
L’ULCC sollicitée, des syndicalistes dénoncent des représailles
Face à ces préoccupations, le SDE-OAVCT a annoncé avoir saisi l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC) afin qu’elle examine les mécanismes de collecte et de dépôt des recettes de l’institution. Le syndicat demande que les documents comptables soient vérifiés et que la destination des fonds soit clarifiée. Les informations disponibles ne permettent pas d’établir qu’une enquête a déjà abouti à des conclusions officielles sur les accusations formulées.

Dans une lettre ouverte datée du 14 octobre, l’organisation a également dénoncé des mutations qu’elle considère comme des représailles contre certains de ses membres. Elle affirme que des employés auraient été transférés de Pétion-Ville ou du centre-ville vers Carrefour, une zone qu’elle juge particulièrement dangereuse. Elle réclame l’annulation de ces mesures et la fin de ce qu’elle qualifie d’intimidation.
La perturbation de la conférence de presse de Josué Mérilien ajoute ainsi une nouvelle dimension à un dossier déjà marqué par de fortes tensions. Si la vidéo permet de constater une confrontation, les circonstances précises de l’incident et l’identité des personnes impliquées doivent encore être établies. La direction générale de l’OAVCT et les personnes mises en cause doivent également pouvoir répondre publiquement aux accusations.
L’OAVCT est une institution publique dont les recettes proviennent de ses activités d’assurance. Les montants annoncés par les syndicalistes, les procédures de dépôt contestées et les accusations visant certains responsables justifient des vérifications transparentes. Un audit indépendant et les conclusions éventuelles de l’ULCC permettraient de déterminer si les faits dénoncés relèvent de mauvaises pratiques administratives ou d’infractions financières.
En attendant, les questions demeurent : pourquoi le dépôt quotidien des recettes a-t-il été remplacé par un dépôt hebdomadaire, où vont les fonds collectés et quels mécanismes permettent d’en contrôler la destination ? Ce sont des réponses documentées, plutôt que des affrontements autour des dénonciations, que les assurés et les contribuables sont en droit d’attendre.
Léandro S LÉONARD
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
