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Serbie : la victoire du mouvement étudiant ouvre une nouvelle ère politique après la défaite de Vučić

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La Serbie entre dans une nouvelle phase de son histoire politique après la défaite électorale d’Aleksandar Vučić, au pouvoir depuis plusieurs années. Porté par un mouvement de protestation soutenu par les étudiants, ce changement a provoqué des scènes de liesse dans plusieurs villes du pays, dimanche 25 octobre 2026. Toutefois, malgré cette victoire historique, des incertitudes persistent quant à la formation du prochain gouvernement et à l’identité des futurs dirigeants.

Dimanche soir, Vučić a reconnu sa défaite, mettant ainsi fin à une longue période de domination politique. Dès l’annonce des résultats, des dizaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Belgrade et d’autres villes serbes pour célébrer la victoire des candidats soutenus par les étudiants.

Photo de plusieurs centaines de personnes dans les rues de la Serbie, avec des fumigènes en mains, le 25 octobre 2025.

Selon la Commission électorale d’État, les candidats du mouvement étudiant ont obtenu 52,7 % des suffrages, contre 39,2 % pour l’alliance dirigée par le Parti progressiste serbe (SNS) de Vučić. Ces résultats, établis après le dépouillement de près de 99 % des bulletins, leur accordent une majorité de 139 sièges sur les 250 que compte le Parlement. En revanche, l’alliance du SNS obtient 97 sièges, tandis que les formations minoritaires se partagent les sièges restants.

Cette majorité parlementaire devrait permettre au mouvement étudiant de disposer d’une marge de manœuvre importante pour mettre en œuvre son programme. Cependant, la victoire électorale ne garantit pas une transition immédiate. La Constitution serbe prévoit un délai maximal de 90 jours pour former un gouvernement, une fois le Parlement convoqué après la proclamation des résultats définitifs.

Cette alternance politique est le résultat de deux années de manifestations pacifiques contre le gouvernement. À l’origine de cette mobilisation se trouve notamment la colère provoquée par l’effondrement d’un auvent de gare à Novi Sad, une catastrophe qui a coûté la vie à 16 personnes. Le drame a ravivé les accusations de corruption et les critiques concernant la gestion des infrastructures publiques. Progressivement, les protestations ont pris de l’ampleur, les manifestants réclamant davantage de transparence, des responsabilités politiques et le départ des dirigeants en place.

Photo de plusieurs centaines de personnes dans les rues de la Serbie, le 25 octobre 2025.

Aleksandar Vučić, qui a occupé les fonctions de Premier ministre puis de président depuis 2014, a finalement été battu par cette coalition soutenue par les étudiants. Pour de nombreux citoyens, cette défaite représente l’aboutissement d’une longue période de contestation. « Cette corruption qui s’est infiltrée dans tous les pores de nos vies […] bien sûr, cela va changer », a déclaré Svetlana Karagkozidou, une employée d’assurance de 60 ans, exprimant l’espoir d’un retour à une vie politique plus saine.

Malgré son succès dans les urnes, le mouvement étudiant doit désormais relever un défi majeur : transformer sa mobilisation en une gouvernance efficace. En effet, contrairement aux partis politiques traditionnels, il ne dispose pas d’un dirigeant unique clairement identifié. Cette organisation décentralisée a notamment permis aux manifestants de limiter les attaques personnelles et les tentatives de discrédit durant les protestations. Toutefois, elle soulève aujourd’hui des interrogations sur la répartition des responsabilités et le choix du futur Premier ministre.

Parmi les personnalités associées à la liste électorale figurent le cardiologue Ilija Srdanovic, l’ancien gouverneur de la banque centrale Dejan Soskic et le professeur de l’Université de Belgrade Radomir Sajcic. Néanmoins, l’identité des personnes appelées à occuper les principaux postes gouvernementaux reste incertaine. Le programme du mouvement prévoit notamment de lutter contre la corruption, d’améliorer le système éducatif et de redéfinir la place de la Serbie sur la scène internationale. La capacité des nouveaux élus à traduire ces engagements en mesures concrètes sera donc déterminante pour la suite de cette transition.

Si une grande partie de la population a accueilli les résultats avec enthousiasme, certains citoyens expriment néanmoins des inquiétudes face à l’ampleur et à la rapidité du changement politique. « Changer le pays comme ça, si soudainement et d’un seul coup, je n’aime pas ça. Je ne sais même pas qui est derrière tout ça, qui sont ces gens, qui va diriger le pays », a déclaré Senka Radakovic, une fonctionnaire de 60 ans. Ces réserves illustrent les interrogations qui entourent le mouvement étudiant, notamment en ce qui concerne son organisation et sa capacité à gouverner durablement.

Parallèlement, les partisans du mouvement ont entrepris de nettoyer un parc situé près du Parlement, longtemps occupé par les sympathisants de Vučić. Ils ont retiré les tentes, démonté les barricades métalliques et nettoyé les installations destinées aux enfants. Pour Filip Beselinovic, l’un des bénévoles mobilisés, cette initiative constitue une manière de se réapproprier un espace public resté occupé pendant une longue période.

La défaite de Vučić marque un changement majeur pour la Serbie, pays d’environ six millions d’habitants. Elle rappelle également d’autres bouleversements politiques observés en Europe et pourrait encourager des mouvements étudiants dans d’autres pays à réclamer davantage de transparence et de meilleures perspectives éducatives.

Néanmoins, l’ampleur réelle de cette victoire dépendra de la capacité des nouveaux élus à répondre aux attentes de la population. La lutte contre la corruption, la réforme de l’éducation et la stabilité institutionnelle figureront parmi les principaux défis du prochain gouvernement.

En définitive, si le mouvement étudiant a réussi à mettre fin à la domination politique d’Aleksandar Vučić, il lui reste désormais à démontrer qu’il peut transformer les espoirs suscités par cette alternance en résultats concrets. Pour la Serbie, une nouvelle étape commence, mais l’avenir politique du pays dépendra largement des décisions prises au cours des prochains mois.

Écrit par Junior PIERRE

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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