30 000 membres exigés : le CEP impose enfin un filtre à la prolifération des partis fantômes
3 min read
Le projet de décret électoral du Conseil électoral provisoire (CEP), notamment son article 139 imposant un minimum de 30 000 membres, adhérents ou sympathisants pour pouvoir présenter des candidatures, suscite aussi des réactions favorables dans plusieurs couches de la population haïtienne.
Dans un pays où plus de 320 partis politiques ont été enregistrés au fil des années, beaucoup de citoyens dénoncent depuis longtemps une fragmentation excessive du paysage politique. Pour eux, cette multiplicité de structures, souvent peu actives ou sans réelle base populaire, contribue à affaiblir la démocratie plutôt qu’à la renforcer.

À Saint-Marc, aux Gonaïves ou encore à Port-au-Prince, plusieurs citoyens interrogés estiment que cette nouvelle exigence pourrait enfin instaurer un minimum de sérieux dans l’organisation des partis. « Chak moun leve fè pati pa yo, san okenn vizyon. Se pa politik, se dezòd », confie un citoyen, favorable à une régulation plus stricte.
Certains observateurs voient dans cette mesure une tentative de forcer les regroupements politiques à se structurer davantage, à consolider leurs bases et à proposer des projets cohérents plutôt que de multiplier des candidatures opportunistes. Une manière, selon eux, de réduire la confusion lors des scrutins et de faciliter la lisibilité de l’offre politique pour les électeurs.
Dans les discussions publiques, notamment sur les radios communautaires, l’idée d’un « nettoyage » du système revient fréquemment. Pour une partie de l’opinion, limiter l’accès aux élections à des formations capables de mobiliser un nombre significatif de citoyens pourrait contribuer à renforcer la légitimité des futurs élus.
Toutefois, même parmi les partisans de la réforme, certains appellent à la prudence. Ils reconnaissent que si la mesure peut aider à structurer le paysage politique, elle devra être accompagnée de garanties pour éviter toute dérive arbitraire ou exclusion injustifiée.
Dans un contexte où la confiance envers les institutions reste fragile, cette disposition apparaît ainsi, pour une frange de la population, comme une tentative nécessaire de remettre de l’ordre dans un système longtemps critiqué pour son manque de rigueur. Une réforme perçue non pas comme une fermeture, mais comme une étape vers une vie politique plus crédible et plus responsable.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
