“PUSH” ou recyclage politique ? Vertillaire, ex-membre du CPT au bilan nul, revient avec les mêmes promesses sans résultats
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Le dimanche 3 mai 2026, au Cap-Haïtien, l’ancien juge Emmanuel Vertillaire a procédé au lancement officiel de son nouveau parti politique, “PUSH”. Entouré de quelques alliés politiques, dont Moïse Jean-Charles, il a tenté de se positionner comme une alternative dans un paysage en crise, appelant à l’organisation d’élections et à un sursaut national.
Mais derrière ce discours de renouveau, les critiques n’ont pas tardé à resurgir, rappelant le rôle qu’il a joué au sein du Conseil présidentiel de transition (CPT), une structure mise en place officiellement en avril 2024 avec une mission claire : rétablir un minimum de stabilité institutionnelle, faciliter la tenue d’élections crédibles dans des délais raisonnables et amorcer une réponse coordonnée à la crise sécuritaire.

Deux ans plus tard, le constat dressé par de nombreux observateurs est sévère. Le CPT, dont Emmanuel Vertillaire faisait partie en tant que représentant du parti Pitit Dessalines, n’a pas su répondre aux attentes. Insécurité persistante, territoires toujours contrôlés par des groupes armés, processus électoral au point mort : les résultats concrets peinent à être identifiés.
Dans ce contexte, l’annonce de la création d’un nouveau parti par l’un de ses anciens membres est perçue par certains comme une fuite en avant plutôt qu’une remise en question. « Yo te deja gen pouvwa pou aji, yo pa t fè anyen. Kounye a yo tounen ak lòt non, lòt slogan », déplore un citoyen du Cap-Haïtien.
Plusieurs analystes parlent d’un cycle politique répétitif, où les mêmes acteurs, après des passages jugés infructueux dans des structures de transition, reviennent avec de nouvelles plateformes sans jamais rendre compte de leur bilan. L’image du « sauveur recyclé » revient souvent dans les discussions, alimentant une méfiance profonde au sein de la population.
Le CPT, dès sa création, portait pourtant une responsabilité lourde : remettre le pays sur les rails dans un contexte de crise aiguë. Emmanuel Vertillaire ne peut aujourd’hui se présenter comme une figure de rupture sans répondre aux questions liées à son propre passage dans cette instance, dont le bilan est largement considéré comme insuffisant, voire nul sur plusieurs aspects essentiels.
Au-delà des discours et des lancements de partis, une partie de la population réclame désormais des comptes. Car dans un pays marqué par l’instabilité chronique, les promesses répétées sans résultats tangibles ne suffisent plus à convaincre.
Le défi pour “PUSH” sera donc immense : prouver qu’il ne s’agit pas d’une énième tentative politique sans lendemain, mais d’un projet capable de rompre réellement avec les pratiques et les échecs du passé récent. Pour beaucoup, la crédibilité passera d’abord par la reconnaissance des responsabilités, avant toute ambition de reconstruction.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
