Cayes : Leslie Voltaire hué par la population pour promesses non tenues et contexte de transition corrompue
4 min readDes membres de la population cayenne ont vivement exprimé leur mécontentement lors d’un dîner-causerie tenu le vendredi 12 décembre 2025, organisé pour remercier le conseiller-président Leslie Voltaire. Les organisateurs de l’activité ont estimé que le représentant de Fanmi Lavalas au CPT méritait des remerciements pour l’inauguration du port et la rénovation de l’Aéroport Antoine Simon. Toutefois, cet avis n’était pas partagé par la majorité des participants.
Une réception marquée par la colère
L’architecte a été hué lors de son discours. « Ce n’est pas du tout acceptable de recevoir ces gens dans la ville, comme si tout allait bien. Pourtant, les gangs continuent de nous tuer, notre misère perdure », a déclaré un citoyen en colère, rappelant que les politiciens se déplacent par voie aérienne alors qu’eux, les Madan-Sara, ne peuvent pas voyager ainsi avec leurs sacs de charbon ou leurs vivres.
Des habitants pris au piège de la violence
En présence de Leslie Voltaire, les citoyens ont tour à tour exprimé leur indignation face à la situation du Grand Sud, où l’enclavement provoqué par la terreur des gangs empêche l’écoulement des récoltes et l’approvisionnement en produits essentiels. Les habitants ont insisté sur l’urgence de résoudre ces problèmes qui affectent directement leur vie quotidienne.
Promesses non tenues
Selon eux, Leslie Voltaire avait promis de débloquer au moins l’une des routes nationales occupées par les gangs avant la fin de son mandat à la tête du CPT, une promesse qui, jusqu’à présent, n’a pas été tenue. La frustration populaire s’exprime ainsi par des cris clairs : « Nou pa kapab ankò. Debloke wout la (Matisan) ». Leslie Voltaire a été régulièrement critiqué pour son incapacité à améliorer la sécurité et les conditions de vie dans le Grand Sud. Ces critiques soulignent un écart important entre les promesses de la transition et la réalité vécue par la population.
Un témoin face à la colère
Le conseiller-président, alias Ti Chinwa, a bien été témoin des protestations et des cris de colère des citoyens le vendredi 12 décembre 2025. Il reste à savoir s’il a réellement entendu les revendications et pris note des demandes de la population.
Transition corrompue et enrichissement sur la misère
Cette colère exprimée dépasse la seule personne de Leslie Voltaire et vise l’ensemble du Conseil présidentiel de transition, ainsi que le gouvernement d’Alix Didier Fils-Aimé. Les membres de cette transition évoluent dans un système corrompu, s’enrichissant pendant que la population s’appauvrit et fuit les exactions des terroristes. Pendant que des milliers d’Haïtiens abandonnent leurs quartiers, leurs terres et parfois le pays pour échapper à la violence, les dirigeants de la transition multiplient les privilèges, les déplacements et les annonces symboliques, sans impact réel sur la sécurité ni sur les conditions de vie.
Un précédent similaire à Bourdon
Ce n’est pas la première fois que Leslie Voltaire est confronté à la colère des citoyens. Lors d’une visite dans le camp de déplacés de la Cité Colombie, sur la route de Bourdon à Port-au-Prince, le lundi 27 octobre 2025, les habitants avaient chassé le conseiller-président lors d’une distribution de nourriture. Les protestataires scandaient alors : « Nou pa bezwen manje, nou bezwen ale lakay nou », exprimant leur rejet des aides ponctuelles et leur désir de retrouver leurs maisons, détruites ou abandonnées à cause de l’insécurité. L’incident avait mis en lumière le fossé croissant entre les dirigeants de la transition et une population à bout de patience. Un autre cas similaire a eu lieu le 31 décembre 2024, lors d’une distribution de kits alimentaires aux déplacés. Certains bénéficiaires ont rejeté les aides, les jugeant insuffisantes et humiliantes. Plusieurs ont même dispersé ou jeté le contenu au sol pour exprimer leur frustration face à l’inefficacité des mesures.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
