Assassinat de Jovenel Moïse : à Miami, les noms de Réginald Boulos et Dimitri Vorbe émergent au cœur du procès
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Des témoignages sous serment citant des figures économiques et politiques haïtiennes relancent les zones d’ombre autour du complot ayant conduit à l’assassinat du président.
Le procès sur l’assassinat de Jovenel Moïse a pris une tournure sensible le 29 avril 2026 à Miami, avec des témoignages qui ravivent les interrogations sur l’ampleur et la structuration du complot.
Le président haïtien a été assassiné dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021 à sa résidence privée à Port-au-Prince. Plusieurs accusés, dont d’anciens militaires et intermédiaires, sont aujourd’hui poursuivis devant la justice américaine pour leur rôle présumé dans cette opération.
Au cours de l’audience, les noms de Réginald Boulos et Dimitri Vorbe ont été cités. À ce stade, il s’agit de déclarations faites sous serment, sans conclusions judiciaires établies.

Selon des éléments évoqués lors des débats, d’autres figures majeures de la vie politique haïtienne ont également été mentionnées. Les noms des anciens présidents Jean-Bertrand Aristide et Michel Joseph Martelly ont été cités aux côtés de ceux de Réginald Boulos et Dimitri Vorbe.
Ces mentions seraient intervenues dans le cadre de déclarations attribuées à un agent du Federal Bureau of Investigation, identifié comme Mathew Gasgrey, après des interrogations formulées par Martine Moïse à la suite de l’attaque qui a coûté la vie au chef de l’État.
Comme pour les autres noms évoqués, ces références s’inscrivent dans le cadre de témoignages en cours d’examen et ne constituent pas, à ce stade, des conclusions judiciaires établies.
Réginald Boulos, né en 1956 aux États-Unis, est un médecin de formation devenu homme d’affaires et figure politique en Haïti. Opposant à Jovenel Moïse, il a lancé en 2019 le mouvement MTVAyiti. Arrêté aux États-Unis en juillet 2025 pour des accusations liées au financement de la violence, il a été libéré en avril 2026.
De son côté, Dimitri Vorbe a été impliqué dans plusieurs controverses. En 2018, il avait été convoqué au Sénat après un échange tendu avec Laurent Lamothe autour du dossier PetroCaribe. En 2019, dans un contexte de litiges liés à des contrats d’électricité impliquant sa société, un mandat d’amener avait été émis contre lui, dénoncé par des organisations patronales comme une instrumentalisation de la justice.
Il quitte Haïti fin 2019, avant d’être arrêté une première fois aux États-Unis en août 2020 pour un problème de visa, puis relâché sous caution. Plus récemment, le mardi 23 septembre 2025, il a de nouveau été arrêté par les autorités américaines de l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) et placé en détention, où il est toujours incarcéré selon les informations disponibles.
L’élément central de cette audience reste toutefois le témoignage d’un consultant légal, qui aurait contribué à encadrer juridiquement une opération politique. Selon les déclarations entendues, il aurait été question de construire une justification légale pour destituer le président et organiser son remplacement, donnant ainsi une apparence de légitimité à une action contestée.
Des échanges stratégiques, parfois menés à distance, ainsi que l’évocation d’un possible soutien extérieur ont également été mentionnés, sans confirmation officielle à ce stade. Ces éléments reposent sur des témoignages en cours d’examen par la justice américaine.
Cette audience met en lumière une zone grise préoccupante : celle d’un projet présenté comme légal, mais susceptible d’avoir servi de couverture à une opération criminelle.
Le dossier reste toutefois incomplet. Pour de nombreux Haïtiens, ce procès dépasse le cadre judiciaire : il représente une étape clé pour identifier les véritables responsables d’un crime aux ramifications encore floues.
À ce stade, une certitude s’impose : le procès dépasse largement les frontières d’Haïti et expose un réseau aux contours encore incomplètement révélés.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
