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Leslie Voltaire face à la réalité haïtienne : un discours d’autosatisfaction démenti par la faim, l’insécurité et les déplacés

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Leslie Voltaire se présente comme un dirigeant attentif, prêt à écouter le peuple et à agir selon ses plaintes. « Pandan tout vim, mwen toujou koute vwa pèp la. Lè yo satisfè, yo di viv. Lè yo pa satisfè, yo di aba. Nou koute epi nou pran responsabilite nou », a-t-il écrit sur X, le samedi 13 décembre 2025. Pourtant, la réalité montre le contraire : les cris de colère aux Cayes le vendredi 12 décembre 2025, à Bourdon le 27 octobre 2025 et dans d’autres zones du Grand Sud révèlent que cette « écoute » ne se traduit jamais en actions concrètes. Les habitants continuent de souffrir, sans aucune amélioration visible, ce qui démontre la déconnexion flagrante entre discours et terrain.

Capture d’écran du message du conseiller présidentiel Leslie Voltaire, publié sur X le samedi 13 décembre 2025.

« Lè pèp Sid la denonse lavi chè, nou aji. Se pou sa nou louvri yon pò ak yon ayewopò entènasyonal, pou machandiz antre pi fasil epi pou pri lavi a bese. » Voltaire revendique des mesures économiques pour alléger le coût de la vie, en citant l’ouverture d’un port et d’un aéroport. Cependant, sur le terrain, rien ne prouve une baisse réelle des prix ni un impact concret sur le quotidien des familles. La « facilitation » de l’entrée des marchandises semble administrative plutôt que sociale. Les citoyens continuent de lutter contre le manque de produits essentiels et la spéculation, ce qui rend son discours largement illusoire.

« Jodi a, plis pase 20 bato deja akoste nan pò Sen Lwi di Sid la. Sa fè plis pase 6 milyon dola ameriken rantre nan ladwann Sid la. Se yon pa enpòtan pou desantralize peyi a epi soulaje lavi chè nan Okay ak nan tout Gran Sid la », a-t-il poursuivi. En effet, Leslie Voltaire se vante des revenus douaniers générés par l’accostage des bateaux. Mais collecter de l’argent n’améliore pas automatiquement la vie des déplacés ou des petits commerçants. Selon l’OIM, environ 1,3 à 1,4 million de personnes sont actuellement déplacées à l’intérieur du pays, et le PAM indique que 5,7 millions de Haïtiens souffrent d’insécurité alimentaire, dont 1,9 million en situation de crise extrême. Le public se demande : où va cet argent ? Quels effets concrets sur la sécurité alimentaire ou l’accès aux services essentiels ? Sans transparence, ces chiffres restent des statistiques creuses, loin des besoins réels de la population.

« Sekirite pa sèlman yon pwoblèm militè. Se yon pwoblèm ekonomik. Se poutèt sa KPT a bay Gouvènman an tout mwayen pou aji, atravè bidjè gè 2025-2026 la, pou reprann kontwòl teritwa a epi ouvè wout yo », peut-on lire. Sur le papier, la sécurité serait une question économique et Voltaire promet des moyens budgétaires. En pratique, les routes restent bloquées par les gangs, les policiers manquent de ressources et de salaires, et la population continue de fuir les zones dangereuses. Selon l’OIM, plus d’un million de personnes continuent de vivre dans des camps de déplacés, ce qui montre que la « reprise du contrôle » évoquée n’existe pas réellement, transformant ce discours en promesse vide, détachée des réalités sur le terrain.

« An menm tan, n ap kontinye desantralize peyi a epi bay jèn yo opòtinite pou yo bati yon lòt lavi, pou atake ensekirite a nan rasin li », poursuit le conseiller-président. Les promesses de développement et d’opportunités pour les jeunes ne tiennent pas compte de la situation réelle : les déplacés n’ont ni sécurité pour se déplacer, ni marchés stables pour vendre leurs produits, ni accès à l’emploi. Les propos restent de la rhétorique politique, démentie par la misère et l’insécurité quotidienne des habitants du Grand Sud.

En conclusion, les paroles de Leslie Voltaire :« Nou koute epi nou pran responsabilite nou… se pou sa nou louvri yon pò ak yon ayewopò…, se yon pa enpòtan pou desantralize peyi a », sont contredites par la colère exprimée par la population à Cayes, Bourdon et ailleurs. Les déplacés et les habitants réclament des résultats tangibles, pas des discours. Les mots du conseiller président reflètent un autosatisfecit déconnecté de la réalité haïtienne, où faim, insécurité et exodes massifs demeurent intacts.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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