Après l’arrestation d’Ernest Bennett en 1985 pour trafic de cocaïne, sa fille, Michèle Bennett Duvalier, a dilapidé des millions de dollars de fonds publics avant de se proclamer aujourd’hui patriote
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Rappel historique documenté
Le père de l’ancienne Première dame d’Haïti, Michèle Bennett Duvalier, Ernest Bennett, a été formellement associé au trafic international de cocaïne par les autorités américaines au milieu des années 1980.
Selon des responsables des enquêtes de la Drug Enforcement Administration (DEA), notamment John Sutton, Ernest Bennett dirigeait un réseau structuré de trafic de stupéfiants reliant la Colombie, Haïti et les États-Unis, utilisant notamment la compagnie aérienne Air Haïti comme plateforme logistique.

Archives du New York Times datées du 14 juin 1986.
Ces informations ont été publiquement relayées par le New York Times dans une enquête signée Joseph B. Treaster, publiée le 14 juin 1986, qui décrivait Ernest Bennett comme une figure centrale du narcotrafic caribéen, parfois surnommée « le Parrain » par des officiers haïtiens eux-mêmes.

Reproduction lisible d’une archive du New York Times datée du 14 juin 1986.
Les autorités américaines le considéraient alors comme le principal contact local de l’un des grands réseaux colombiens alimentant le marché américain en cocaïne. Si aucune poursuite judiciaire n’avait été engagée à l’époque, les soupçons étaient suffisamment sérieux pour déclencher des enquêtes conjointes entre Haïti et les États-Unis après la chute du régime Duvalier, le 7 février 1986.
Un système familial au cœur du régime Duvalier
L’enquête du New York Times révèle également que Frantz Bennett, fils d’Ernest Bennett, a été arrêté en 1982 à Porto Rico alors qu’il tentait d’organiser une livraison de cocaïne. Il fut condamné et emprisonné dans une prison fédérale américaine, avant de retourner en Haïti pour reprendre des affaires aux côtés de son père.
Toujours selon des responsables américains, des quantités importantes de cocaïne (200 à 300 livres) auraient été découvertes dans un entrepôt pharmaceutique lié à une maternité financée par Michèle Bennett, l’un de ses projets personnels sous la dictature. Ces informations ont été jugées crédibles et corroborées par la DEA.
Détournements de fonds et enrichissement inexpliqué

Photo de Michèle Bennett lors de son mariage avec le président haïtien Jean-Claude “Baby Doc” Duvalier, à Port-au-Prince, le 27 mai 1980.
Parallèlement à cet environnement familial marqué par le narcotrafic, Michèle Bennett Duvalier a joué un rôle central dans le pillage systématique des finances publiques haïtiennes.
Durant son passage au Palais national, elle a contraint son mari, Jean-Claude Duvalier, à détourner des fonds publics afin de financer un train de vie ostentatoire : bijoux de luxe, résidences de prestige et villas en France et aux États-Unis.
Des investigations bancaires ont établi que jusqu’à six (6) millions de dollars américains ont transité sur un seul compte bancaire aux États-Unis, dans des conditions opaques.
Aujourd’hui, la fortune personnelle de Michèle Bennett Duvalier est estimée à environ 130 millions de dollars américains, sans activité professionnelle connue, sans parcours économique crédible, ni justification patrimoniale sérieuse.
À l’inverse, Jean-Claude Duvalier est décédé dans une situation financière sans commune mesure avec celle de son épouse, illustrant l’ampleur de la captation personnelle opérée par cette dernière.
Le mythe du temps comme blanchiment
Malgré ces faits historiques documentés, Michèle Bennett Duvalier tente aujourd’hui de se réinventer, laissant entendre que le temps écoulé aurait effacé les crimes économiques, les complicités familiales et les responsabilités politiques qui lui sont associées.
Elle se présente désormais comme une « patriote », en contradiction flagrante avec un passé marqué par le narcotrafic, le détournement de fonds publics, l’exil doré et le mépris total du peuple haïtien.
Le temps n’est ni un acquittement, ni un blanchiment moral.
Les archives internationales, les enquêtes de la DEA et les révélations du New York Times démontrent que le régime Duvalier et l’entourage direct de Michèle Bennett ont été profondément imbriqués dans des réseaux criminels et financiers transnationaux.
Se réclamer aujourd’hui du patriotisme sans avoir rendu compte, restitué ni assumé relève non pas de la réconciliation, mais de la falsification de l’histoire.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
