Appui sécuritaire canadien à la PNH : des investissements en hausse, mais quels résultats après une décennie ?
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Alors que Canada annonce un renforcement massif de son soutien à la Police nationale d’Haïti (PNH), de nombreuses voix s’interrogent sur l’efficacité réelle de ce partenariat qui dure depuis plusieurs années. Malgré des livraisons d’équipements, des programmes de formation et un accompagnement technique répétés, la situation sécuritaire en Haïti continue de se détériorer, marquée par l’expansion des gangs armés.
Depuis plus de dix ans, Ottawa multiplie les initiatives pour soutenir les capacités de la PNH. Le nouvel engagement mis en avant par l’ambassadeur André François Giroux s’inscrit dans cette continuité : centre de formation tactique, livraison de blindés, dotation en véhicules et formation de centaines de policiers spécialisés. Sur le papier, l’effort est substantiel. Sur le terrain, les résultats restent vivement débattus.

Une question centrale : pourquoi si peu d’amélioration ?
Après une décennie d’appui international — canadien notamment — la question devient incontournable : pourquoi la courbe de l’insécurité n’a-t-elle pas reculé de manière durable ? Plusieurs facteurs sont régulièrement avancés par des analystes et acteurs locaux.
D’abord, le problème dépasse la seule capacité opérationnelle de la police. La crise sécuritaire haïtienne est profondément liée à la fragilité des institutions judiciaires, à l’impunité chronique et à la faiblesse de l’État dans certains territoires. Sans chaîne pénale efficace, les arrestations ne se traduisent pas toujours par des condamnations, ce qui limite l’effet dissuasif des opérations policières.
Ensuite, la montée en puissance des groupes armés a été plus rapide que le renforcement des forces de sécurité. Pendant que la PNH se professionnalise progressivement, les gangs, eux, ont accru leur armement, leurs ressources financières et leur contrôle territorial, créant un déséquilibre persistant.
Des critiques sur l’approche de la coopération
Certains observateurs estiment également que l’aide internationale — y compris celle du Canada — a parfois privilégié une logique de projets techniques (formations, équipements) sans toujours s’attaquer aux causes structurelles de l’insécurité : financement des gangs, corruption, gouvernance locale, contrôle des frontières et réforme judiciaire.
D’autres pointent un problème de continuité stratégique. Les programmes se succèdent, mais leur impact cumulatif reste difficile à mesurer publiquement. La question de la coordination entre partenaires internationaux, autorités haïtiennes et priorités nationales revient régulièrement dans le débat.
Un tournant ou la répétition d’un modèle ?

L’ambassadeur Giroux insiste sur le fait que le nouvel appui vise à adapter la PNH aux réalités actuelles, notamment par un renforcement tactique face aux violences urbaines complexes. Toutefois, pour une partie de l’opinion, le véritable test sera simple : les citoyens verront-ils enfin une amélioration ملمurable de la sécurité dans les prochains mois ?
Car au-delà des annonces et des livraisons d’équipements, la population haïtienne attend des résultats concrets : reprise de quartiers contrôlés par les gangs, réduction des enlèvements et restauration de l’autorité de l’État.
Une chose est certaine : sans réformes institutionnelles profondes et sans stratégie globale combinant sécurité, justice et gouvernance, même un appui international renforcé risque de produire des effets limités.
Gerlanda Filéus
Djovany Michel est PDG et rédacteur en chef de Satellite509, un média d’investigation indépendant. Journaliste d’enquête, il est spécialisé dans la dénonciation de la corruption, la mauvaise gouvernance, les abus de pouvoir et les violations de l’intérêt public. Ses travaux portent sur des enjeux nationaux et internationaux, avec une approche rigoureuse, critique et documentée.
