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Douanes/Haïti : malgré un ordre formel du Service Quarantaine de détruire un bateau de riz contaminé, Gérald Remplais autorise son débarquement

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Malgré un ordre formel de destruction émis par le Service Quarantaine, un chargement de riz déclaré impropre à la consommation a été autorisé à être débarqué et stocké au terminal de Varreux le 12 mars 2026. L’opération, réalisée via l’agence ADEKO Enterprises S.A., soulève de graves inquiétudes quant au respect des normes sanitaires et à la responsabilité des autorités douanières.

Selon un rapport officiel du Service Quarantaine du port international de Port-au-Prince, en date du 24 mars 2026, le produit présente une forte odeur de moisissure et de putréfaction ainsi qu’un taux d’humidité anormalement élevé. Le document est sans équivoque : le riz est impropre à la consommation et doit être détruit. Cette conclusion est également appuyée par les recommandations des autorités sanitaires et du ministère de l’Agriculture.

Capture d’écran du rapport d’inspection sanitaire du Port International de Port-au-Prince mettant en quarantaine le débarquement d’une cargaison de riz, pour mauvaise odeur, présence de moisissures, entre autres, publié le 24 mars 2026.

Malgré ces constats, une décision controversée a été prise au sommet de l’administration douanière. Le directeur général des douanes, Gérald Remplais, a autorisé le déchargement et le stockage de ce riz dans un dépôt situé dans la zone de SHODECOSA à Varreux. Une décision qui va directement à l’encontre des recommandations techniques et sanitaires émises par les instances compétentes.

Sur le terrain, plusieurs sacs ont été marqués au spray bleu afin d’identifier les portions déjà détériorées. Des sources concordantes affirment que « tout ce qui est marqué est déjà gâté », confirmant que la dégradation du produit était connue et visible au moment de son traitement.

Selon des sources internes, ce type d’autorisation ne serait pas isolé. Gérald Remplais est accusé d’avoir mis en place un système dans lequel des autorisations seraient accordées contre paiement pour faciliter l’entrée ou le stockage de marchandises pourtant jugées non conformes ou dangereuses. Cette situation constitue un mécanisme de corruption structuré, où les intérêts financiers priment sur la sécurité sanitaire de la population.

Jean-Marc Antoine, cofondateur et président d’ADEKO Enterprises S.A. aux côtés de Marc-Kinston Antoine, est également dirigeant d’ADEKO Enterprises S.A., déjà cité dans plusieurs affaires controversées. Il figure parmi les 18 commissionnaires définitivement sanctionnés pour corruption par la Douane haïtienne le 22 juin 2023. Considéré comme un proche économique de l’ancien président Jovenel Moïse, il occupe également la fonction de consul honoraire du Guyana.

Le nom de Marc-Kinson Antoine figure dans cette liste officielle.

Son nom avait déjà été évoqué dans un scandale lié à la vente de kits scolaires pour des dizaines de millions de gourdes. Selon plusieurs informations, les fonds auraient été versés à une structure liée à ses intérêts, sans que les kits ne soient livrés. L’affaire aurait été étouffée en raison de ses connexions avec le pouvoir de l’époque, notamment sous l’influence de Martine Moïse. À la suite de ce scandale, le ministre Roosevelt Bellevue avait été révoqué, comme l’atteste un arrêté publié dans Le Moniteur en août 2017.

Photo montrant un travailleur en train de débarquer les riz.

Autoriser l’entrée et le stockage d’un produit reconnu impropre à la consommation dans un pays déjà vulnérable constitue une mise en danger grave de la vie d’autrui. Si ce riz venait à être introduit sur le marché local, les conséquences pourraient être dramatiques, exposant des millions de citoyens à des risques sanitaires majeurs.

Il ne s’agit plus d’une simple dérive administrative, mais d’un véritable crime sanitaire. Laisser entrer, stocker ou potentiellement distribuer du riz déclaré dangereux revient à exposer délibérément la population à des denrées avariées.

Malgré un ordre formel de destruction émis par le Service Quarantaine, un chargement de riz déclaré impropre à la consommation a été autorisé à être débarqué et stocké au terminal de Varreux le 12 mars 2026. L’opération, réalisée via l’agence ADEKO Enterprises S.A., soulève de graves inquiétudes quant au respect des normes sanitaires et à la responsabilité des autorités douanières.

Dans une démarche d’équilibre, la rédaction a contacté un proche de l’homme d’affaires Steeve Khawly, présenté comme propriétaire de la marchandise. Selon cette source, le riz aurait été mouillé par l’eau de mer au niveau inférieur du navire, altérant ainsi sa qualité. Elle affirme également qu’une entreprise spécialisée, Tropiclean S.A., aurait été sollicitée pour assurer la destruction du produit contaminé, conformément aux procédures de gestion des déchets en Haïti.

Vidéo exposant les sacs de riz placés en quarantaine par les autorités sanitaires du Port International de Port-au-Prince.

Face à une telle situation, le silence n’est plus acceptable. La population haïtienne doit faire preuve d’une vigilance extrême, refuser tout produit suspect, exiger la transparence et dénoncer toute tentative de mise en circulation de marchandises impropres.

Ce dossier interpelle directement les institutions de contrôle, la justice et les organisations de défense des consommateurs. Il est impératif que toute la lumière soit faite et que les responsabilités soient établies sans complaisance.

Car tolérer l’entrée de produits dangereux dans le pays revient, une fois de plus, à sacrifier la vie des citoyens au profit d’intérêts obscurs, dans un contexte où plusieurs décisions récentes du pouvoir en place laissent déjà entrevoir une dérive préoccupante.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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