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Reprise des vols Haïti – RD ce 30 mai : Une réouverture en trompe-l’œil sous le signe de l’incertitude

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L’espace aérien entre les deux nations de l’île rouvrira officiellement ce samedi 30 mai. Si la diplomatie se félicite de ce dégel, l’analyse des annonces officielles révèle de profondes failles logistiques et sécuritaires qui interrogent sur la viabilité réelle de cette reprise.

Après plus de deux ans de restrictions sévères, la connectivité aérienne reprend entre Haïti et la République dominicaine. Cette décision fait suite à des négociations directes entre le chancelier dominicain Roberto Álvarez et son homologue haïtienne Raina Forbin. Portée par une instruction directe du président Luis Abinader, la résolution a été officialisée par Hector Porcella, directeur du Conseil de l’aviation civile dominicain (JAC). Le trafic passager et fret se concentrera initialement sur l’Aéroport international du Cap-Haïtien.

Cette annonce concrétise l’accord de principe initialement trouvé lors de la rencontre bilatérale du 17 avril 2026 au parc industriel de la CODEVI, qui avait d’abord programmé la réouverture pour le 1er mai 2026 avant qu’elle ne soit reportée pour finaliser les protocoles de sécurité.

Derrière les déclarations d’autosatisfaction des autorités, plusieurs zones de flou et contradictions majeures fragilisent la portée de cette annonce.

D’abord l’illusion du « formulaire de santé » face au péril sécuritaire car l’argument principal avancé par la JAC repose sur l’obligation pour les voyageurs de remplir un « formulaire de santé ».

Par ailleurs, face à la crise des gangs armés et à l’infiltration criminelle que craint Saint-Domingue, la réponse bureaucratique apparaît totalement déconnectée de la réalité du terrain. Un simple document sanitaire ne peut pas pallier l’absence de fichiers criminels interconnectés entre les deux pays.

En outre, il y a un flou total sur les quotas de passagers car les autorités dominicaines affirment vouloir « coordonner le nombre de personnes autorisées à entrer ». Cependant aucun chiffre, aucun plafond, ni aucun critère d’éligibilité n’ont été rendus publics. Cette absence de transparence laisse la porte ouverte à l’arbitraire migratoire et expose les compagnies aériennes à une insécurité juridique totale concernant la vente de leurs billets.

Initialement prévue pour le 1er mai, la réouverture a été repoussée au 30 mai pour, officiellement, « repenser le processus ». En outre, ce report d’un mois démontre que la décision politique a devancé la préparation technique. Le fait de devoir encore « travailler » sur les formulaires et les modalités de contrôle à quelques jours de l’échéance prouve que le dispositif est loin d’être rodé.

Pour conclure, en réalité, la frontière terrestre reste fermée ou strictement militarisée, et le conflit autour de la construction du canal sur la rivière Massacre n’est toujours pas résolu. Relancer les vols uniquement pour l’élite économique capable de se payer un billet d’avion au départ du Cap-Haïtien ne résout en rien la crise humanitaire et commerciale globale qui frappe les populations frontalières.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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