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Massacre à Seguin (Sud-Est) : policiers accusés de fuite, un proche de Joël Khawly arrêté et soupçonné de complicité

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Une attaque armée d’une violence extrême a frappé, dans la nuit de lundi à mardi, vers 4 h du matin, la localité de Seguin, dans le département du Sud-Est, à environ trois heures de route de Jacmel en moto.

Selon des informations concordantes, des hommes lourdement armés, identifiés comme appartenant à la coalition de gangs « Viv Ansanm », ont envahi plusieurs zones après avoir été repoussés plus tôt par la police à Kenscoff, dans le département de l’Ouest, non loin de Seguin. Le bilan provisoire fait état d’au moins sept brigadiers tués, dont plusieurs membres de Konbit Nasyonal (KONA).

Cette image présente une vue des montagnes de Seguin, choisie en lieu et place des images réelles, jugées trop violentes et choquantes pour la publication.

Après le massacre, la police a procédé à l’arrestation de Jean Paul Pierre, présenté comme un employé de Joël Khawly. Ce dernier est régulièrement cité dans des accusations de connivence avec des groupes armés, notamment au niveau de la 3e circonscription de Port-au-Prince, où il serait impliqué dans des stratégies visant à bloquer l’accès au Grand Sud afin d’en contrôler le marché. Selon ces allégations, les petits commerçants seraient contraints d’éviter les axes terrestres pour emprunter la voie maritime, via des circuits contrôlés par ces réseaux, avec des produits aux prix fixés à leur guise et un transport maritime également sous leur contrôle, ou d’acheter directement leurs produits auprès de ces derniers depuis le Grand Sud. Son nom est également fréquemment cité dans des dossiers liés au trafic de stupéfiants.

L’interpellation de Jean Paul Pierre a eu lieu dans la localité de Paredo. Selon des sources, une radio de communication ainsi qu’un téléphone contenant des vidéos des violences perpétrées à Seguin ont été saisis. À ce stade, aucune clarification officielle complète n’a été fournie quant à l’exploitation de ces éléments.

Repoussés mais jamais neutralisés, les gangs se sont rapidement redéployés vers plusieurs localités, notamment Kase Dan et Makari, et lancer une offensive coordonnée contre Seguin au petit matin. Cette progression, décrite comme méthodique, met en évidence une défaillance flagrante du dispositif sécuritaire et l’absence de stratégie opérationnelle efficace pour contenir ou démanteler ces groupes armés.

Le bilan humain est lourd : au moins sept brigadiers, tous originaires de la zone, ont été tués. Parmi eux figurent Andresene, Sonet et Herby, identifiés comme membres actifs d’une brigade anti-gang locale, dont trois cadres liés au parti Konbit Nasyonal (KONA). Les noms des autres victimes n’ont pas encore été rendus publics.

Ces hommes tentaient de freiner l’avancée des assaillants avec des moyens dérisoires face à des individus lourdement armés, dans un contexte d’abandon quasi total.

Selon des témoignages recueillis sur place, une trentaine d’agents de l’UDMO (Unité Départementale de Maintien de l’Ordre), pourtant présents au commissariat de Seguin, auraient quitté les lieux au moment critique. Cette retraite, perçue par la population comme une fuite, aurait laissé les brigadiers et les civils sans aucune protection, facilitant ainsi l’attaque meurtrière. Ces accusations graves posent directement la question de la responsabilité de la chaîne de commandement.

Ce nouveau drame vient alourdir un bilan sécuritaire déjà catastrophique sous la direction du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. La répétition des massacres à travers le pays renforce les critiques sur l’incapacité des autorités à protéger les citoyens et à restaurer l’autorité de l’État.

À Seguin, comme ailleurs, la population est abandonnée à son sort. Entre brigadiers livrés sans moyens, forces de l’ordre accusées de désertion et groupes armés capables d’opérer et de se redéployer en toute impunité, c’est l’effondrement du contrôle sécuritaire qui se confirme, au prix du sang des citoyens.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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