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Haïti : la justice convoque des cadres de l’ONA dans le dossier de corruption impliquant Marc Jemley Jean-Baptiste, incarcéré depuis février 2025

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Une nouvelle étape judiciaire vient d’être franchie dans le dossier explosif de corruption à l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA). Dans une correspondance officielle datée du 15 avril 2026, émise par le cabinet d’instruction près le tribunal de première instance de Port-au-Prince, le juge d’instruction Louberns Élysée ordonne la mise à disposition de plusieurs employés de l’institution pour audition.

La lettre du juge Louberns Élysée adressée à l’actuelle directrice générale de l’ONA exige la mise à disposition d’employés soupçonnés auprès du cabinet d’instruction.

Adressée à la directrice générale de l’ONA, Lovely François, la lettre exige que sept cadres de l’administration: Rony Destine, Edwidge Jean, Caimite Elizabeth, Geneviève Biemby, Joseph Nesly Jean, Manace Ricardo et Jakson Joseph, se présentent le mercredi 22 avril 2026 à partir de 9 heures du matin au cabinet d’instruction. Ces auditions s’inscrivent dans le cadre d’une information judiciaire ouverte pour abus de fonction, en lien avec un rapport accablant de l’Unité de lutte contre la corruption (ULCC).

Photo de Marc Jemley Jean-Baptiste, ancien directeur général de l’ONA.

Au cœur de cette affaire figure l’ancien directeur général de l’ONA, Marc Jemley Jean-Baptiste, arrêté le 7 février 2025 et incarcéré depuis lors. Selon les conclusions de l’enquête de l’ULCC, il est soupçonné d’avoir joué un rôle clé dans un système de prêts hypothécaires attribués de manière irrégulière, notamment au profit de l’ex-consul Jacques Lauture et de Mildrede Beliard. Ces opérations, considérées comme contraires aux normes administratives et financières, auraient causé un préjudice important aux fonds de l’institution.

La convocation de ces employés marque une intensification de la procédure judiciaire, suggérant que l’enquête ne se limite plus à la seule responsabilité de l’ancien directeur général, mais pourrait s’étendre à un réseau plus large de complicité interne. En exigeant leur comparution, le juge d’instruction cherche à établir les chaînes de décision, les responsabilités hiérarchiques et les mécanismes ayant permis l’exécution de ces transactions controversées.

Cette affaire intervient dans un contexte où la gouvernance des institutions publiques est de plus en plus scrutée, alors que les scandales de corruption continuent d’éroder la confiance de la population. Le dossier ONA, en particulier, symbolise les dérives d’un système où les ressources destinées à la protection sociale auraient été détournées au profit d’intérêts privés.

Alors que les auditions s’annoncent déterminantes, la pression monte sur les autorités judiciaires pour faire toute la lumière sur ce dossier et établir les responsabilités sans complaisance. L’issue de cette procédure pourrait constituer un test majeur pour la crédibilité de la lutte anticorruption en Haïti, dans un climat où l’impunité reste largement dénoncée.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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