PNH : 75M pour Kenscoff, 67M pour le Centre, 80M pour l’Artibonite — Dieuseul Simon Desras dénonce un système mafieux où l’insécurité devient un levier d’enrichissement
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La gestion des fonds publics alloués à la sécurité en Haïti est de nouveau au cœur de vives dénonciations. Lors de son intervention à l’émission Booster sur Radio Méga, l’ancien président du Sénat, Dieuseul Simon Desras, a dressé un constat alarmant : derrière les milliards mobilisés, la lutte contre les gangs resterait inefficace, minée par un système opaque et profondément dysfonctionnel.
Selon ses déclarations, le Ministère de l’Économie et des Finances octroierait mensuellement 75 millions de gourdes pour Kenscoff, 67 millions pour le Plateau Central et 80 millions pour le département de l’Artibonite. Des montants considérables censés renforcer les capacités opérationnelles de la Police nationale d’Haïti (PNH) dans des zones sous pression constante des groupes armés.

Mais pour Dieuseul Simon Desras, ces ressources ne produisent aucun effet tangible sur le terrain. « Au rythme actuel, la victoire contre les gangs n’est pas pour demain », a-t-il affirmé, évoquant des soupçons de détournement et une gestion qu’il qualifie de défaillante.
L’ancien parlementaire décrit un circuit financier flou, où les fonds disparaissent dans un système fragmenté, sans mécanisme clair de traçabilité. À ce jour, aucune donnée publique ne permettrait d’établir précisément comment ces dizaines de millions de gourdes sont utilisées une fois injectées dans l’appareil sécuritaire.
L’intervention de l’ancien sénateur Dieuseul Simon Desras.
Plus grave encore, il dénonce l’existence de « figures dominantes » qui exerceraient un contrôle informel sur l’allocation des ressources, orientant les fonds vers des intérêts particuliers plutôt que vers une stratégie sécuritaire efficace. Ce mode de gestion affaiblirait la chaîne de commandement et réduirait considérablement l’impact des opérations sur le terrain.
Dans ce contexte, une lecture plus critique s’impose : au lieu d’être combattue, l’insécurité semblerait s’inscrire dans un système où elle devient fonctionnelle. Plusieurs observateurs estiment que ce climat de chaos profite à certains réseaux, alimentant des circuits d’enrichissement au détriment de la population.
Ainsi, en Haïti, des voix de plus en plus nombreuses dénoncent un modèle où l’insécurité ne serait pas seulement une conséquence de l’échec de l’État, mais un levier entretenu, volontairement ou non, par des acteurs qui en tireraient profit.
Ces révélations relancent avec acuité la question de la transparence dans la gestion des fonds publics destinés à la sécurité. Elles interrogent également la volonté réelle des autorités de reprendre le contrôle face à des groupes armés qui continuent d’étendre leur influence.
À ce stade, ni la Police nationale d’Haïti ni le Ministère de l’Économie et des Finances n’ont officiellement réagi à ces accusations.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
