CODEVI ferme temporairement : 20 000 ouvriers frappés pour avoir exigé 3 000 gourdes, dans un pays fermé aux investisseurs étrangers par une insécurité « programmée »
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Ce vendredi 24 avril 2026, la Compagnie de Développement Industriel, S.A. (CODEVI) a annoncé, dans un communiqué officiel, la suspension temporaire des activités de plusieurs usines opérant dans la zone franche de Ouanaminthe, dans le Nord-Est d’Haïti.
Selon la direction, cette décision fait suite à une situation jugée « critique », marquée par des interruptions répétées perturbant le bon fonctionnement des opérations au sein du parc industriel. Face à ces difficultés persistantes, les entreprises concernées affirment être contraintes de cesser leurs activités pour une durée indéterminée.

Dans son communiqué, la CODEVI précise que cette mesure vise à garantir l’intégrité et la sécurité des employés, dans un contexte où les conditions actuelles ne permettraient pas d’assurer un environnement de travail stable et sécurisé.
Aucune date de reprise n’a été communiquée pour l’instant. La direction indique que les activités reprendront dès que les conditions nécessaires au bon fonctionnement du parc seront réunies.

Mais sur le terrain, les conséquences sont immédiates. Entre 17 000 et 20 000 ouvriers seraient directement affectés par cette suspension, dans une région fortement dépendante des activités industrielles du parc CODEVI.
Depuis deux semaines, le secteur de la sous-traitance est secoué par des mouvements de protestation. Les ouvriers réclament notamment un salaire minimum de 3 000 gourdes, dénonçant des conditions de vie de plus en plus précaires.
La réalité est brutale : le salaire journalier de nombreux ouvriers ne couvre même pas le prix d’un gallon de carburant. Travailler une journée entière ne permet plus de répondre aux besoins essentiels, alors que le coût de la vie continue d’augmenter.

Télémaque Pierre, dirigeant de l’Inter-syndicale 1er Mai–Batay Ouvriye, estime que la fermeture des usines à CODEVI constitue une forme de réponse aux revendications des travailleurs, sans pour autant affaiblir leur détermination.
« Cette décision ne découragera pas les travailleurs dans leur lutte », a-t-il affirmé.
Il déplore toutefois le refus des dirigeants de CODEVI d’accorder une augmentation salariale significative, préférant suspendre les activités.
Le responsable syndical pointe également la responsabilité de l’État, notamment après la récente hausse des prix du carburant, qui, selon lui, aggrave davantage les conditions de vie déjà précaires des travailleurs.
Au-delà de la crise sociale, certains observateurs évoquent un problème plus structurel : le pays resterait fermé à l’arrivée de nouvelles entreprises dans un contexte d’insécurité persistante.
Selon ces analyses, cette insécurité serait en partie entretenue par des acteurs influents du secteur privé, qui imposeraient leurs règles, contrôlant les conditions du marché et fixant leurs propres prix, limitant ainsi la concurrence.
De son côté, le secrétaire exécutif de la Plateforme des organisations haïtiennes des droits humains (POHDH), Alermy Pierre Vilus, a exprimé sa solidarité envers les ouvriers mobilisés pour exiger un ajustement du salaire minimum.
Il a également dénoncé l’augmentation des prix du carburant, qu’il considère comme un facteur aggravant de la crise sociale.
La situation continue d’alimenter les critiques contre le gouvernement dirigé par le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, accusé par certains observateurs d’être déconnecté des réalités quotidiennes de la population, alors que les conditions de vie ne cessent de se détériorer.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
