Secteur de la sous-traitance : le gouvernement fixe le salaire minimum à 1 000 gourdes, un pansement face à l’inflation
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Le gouvernement haïtien a annoncé, ce lundi 4 mai 2025, une augmentation du salaire minimum pour le secteur de la sous-traitance (segment F). Le salaire passe de 760 à 1 000 gourdes par jour. Cette décision fait suite à des discussions entre l’État, les patrons et les syndicats.
L’annonce a été faite au local du FAES, à Delmas 75, lors d’une conférence de presse avec le ministre de l’Économie et des Finances, Serge Gabriel Colin, et d’autres responsables, dont la ministre de la Planification et de la Coopération externe, Sandra Paulémon.

Le gouvernement reconnaît que la situation économique est très difficile. Le secteur de la sous-traitance s’est fortement affaibli, passant d’environ 70 000 emplois en 2018 à près de 25 000 aujourd’hui. L’insécurité et le manque de stabilité continuent de freiner toute relance.
Selon les données de la Banque de la République d’Haïti (BRH) et de l’IHSI, le pays connaît en ce début d’année 2026 une désinflation. Le taux d’inflation annuel est passé de 23,5 % en janvier à 22,1 % en février, puis à 20,6 % en mars. Mais cette baisse ne signifie pas que la vie devient moins chère : les prix continuent d’augmenter, simplement plus lentement.
Et sur le terrain, la réalité est brutale. Depuis avril 2026, les prix des carburants ont fortement augmenté : environ 725 gourdes pour la gazoline, 850 gourdes pour le diesel et 845 gourdes pour le kérosène par gallon . Cette hausse a un impact direct sur le coût du transport, des produits alimentaires et de presque tous les services du quotidien.
Dans ce contexte, beaucoup estiment que l’augmentation à 1 000 gourdes arrive trop tard et reste insuffisante. Avec la hausse du carburant et des prix en général, ce montant ne permet toujours pas de couvrir les besoins essentiels comme la nourriture, le transport ou le logement.
La représentante syndicale, Yanick Étienne, a confirmé que les travailleurs acceptent ce nouveau montant. Elle a précisé que cette mesure concerne uniquement le salaire journalier pour l’instant. Le salaire de production, qui représente une part importante des revenus réels, n’est pas encore fixé et sera discuté après l’adoption du budget.
Le gouvernement annonce aussi un appui financier de 625 millions de gourdes pour aider les ouvriers. Cette aide sera distribuée par le FAES sur les cinq derniers mois de l’année fiscale. Présentée comme un soutien d’urgence, cette mesure reste temporaire et ne règle pas le problème de fond : le faible niveau des salaires.
Par ailleurs, l’État prévoit de supprimer les taxes sur les équipements d’énergie renouvelable, comme les panneaux solaires et les batteries, afin de réduire les coûts des entreprises. Mais cette décision aura peu d’effet immédiat sur le pouvoir d’achat des travailleurs.
Au final, même avec une inflation en ralentissement, la pression sur les ménages reste forte. Entre la hausse des carburants et celle des produits de base, la réalité dépasse largement les annonces. Cette augmentation du salaire minimum, bien que nécessaire, reste en décalage avec le coût réel de la vie.
Pour de nombreux travailleurs haïtiens, une question demeure : comment survivre avec 1 000 gourdes par jour dans une économie où tout continue d’augmenter ?
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
