Le journaliste Jean-Marc Stevenson Ysemai retrouvé mort aux Cayes : l’impunité continue de tuer la presse en Haïti
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La liste des journalistes victimes de la violence en Haïti s’allonge une fois de plus. Le photojournaliste haïtien Jean-Marc Stevenson Ysemai a été retrouvé mort ce lundi 4 mai 2026 à La Ravine du Sud, dans la ville des Cayes, moins de 48 heures après sa disparition signalée dans la soirée du samedi 2 mai.
Porté disparu le samedi 2 mai en soirée, Jean-Marc Stevenson Ysemai n’a jamais été revu vivant. Son corps sans vie a été découvert ce lundi à La Ravine du Sud. Selon des informations confirmées par des sources locales, dont Cayes Info, le cadavre présentait une blessure à la tête, un élément qui laisse fortement soupçonner une exécution. Ancien collaborateur du média « Ferisports », il exerçait dans un environnement déjà marqué par une dégradation extrême des conditions de sécurité pour les professionnels de l’information. À ce stade, aucune version officielle n’a été communiquée, aucun suspect identifié, aucune piste rendue publique.

Ce crime n’est pas isolé. Aux Cayes, le précédent reste gravé dans les mémoires. En octobre 2022, l’animateur politique Tess Garry avait été enlevé puis retrouvé mort. Près de quatre ans plus tard, aucune justice n’a été rendue. Le schéma se répète : disparition, découverte du corps, silence institutionnel.
À l’échelle nationale, la situation confirme une tendance lourde. Les journalistes sont de plus en plus exposés. Certains sont abattus en pleine couverture, d’autres blessés par balle, d’autres encore enlevés dans des zones contrôlées par des groupes armés. La presse haïtienne évolue désormais dans un environnement où informer peut coûter la vie.
L’alerte avait pourtant été lancée publiquement. Le 3 mai 2026, à l’occasion de la Journée mondiale de la liberté de la presse, Djovany Michel, Secrétaire général du Réseau haïtien des journalistes anti-corruption (RHAJAC), dénonçait une situation critique dans un message publié sur son compte X :
« En ce 3 mai 2026, Journée mondiale de la liberté de la presse, nous rappelons une évidence trop souvent piétinée en Haïti, dans un contexte marqué par la gouvernance de Alix Didier Fils-Aimé, qui ne garantit toujours pas la sécurité des journalistes : sans sécurité pour la presse, il n’y a pas d’information libre.
La semaine écoulée, plusieurs journalistes ont été pris pour cible. Deux ont été blessés par balle, dont Harold Vil et Jean-Brunet Bontemps, ce dernier ayant succombé à ses blessures. Deux autres, enlevés par des gangs depuis le 13 mars dernier, auraient été assassinés. Nous exigeons des autorités qu’elles assument leurs responsabilités et rendent justice immédiatement pour ces crimes.
Au sein du RHAJAC, nous dénonçons avec la plus grande fermeté les assassinats, les menaces, les intimidations et l’impunité utilisées par les acteurs corrompus pour tenter d’étouffer la vérité. Sans presse libre, il n’y a pas de démocratie. »
Moins de 24 heures après cette alerte, un nouveau journaliste est retrouvé mort.
Le problème dépasse la violence elle-même. Il réside dans l’impunité qui l’accompagne. Aucun suivi judiciaire crédible, aucun résultat d’enquête, aucun responsable identifié dans la majorité des cas. Cette absence de réponse transforme chaque crime contre un journaliste en précédent toléré.
Sous la gouvernance de Alix Didier Fils-Aimé, aucune stratégie claire de protection des journalistes n’a été rendue publique malgré la multiplication des attaques. Dans les faits, exercer le métier de journaliste en Haïti devient une activité à haut risque, sans garantie de protection ni de justice.
Chaque voix réduite au silence affaiblit un peu plus la capacité de la société à s’informer. Moins de couverture, plus d’autocensure, des zones entières livrées au silence.
La mort de Jean-Marc Stevenson Ysemai pose une question directe : combien de journalistes devront encore être tués avant que l’État haïtien n’agisse réellement ?
Pour l’instant, une nouvelle voix s’éteint. Et une fois de plus, l’impunité avance.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
