Partis fictifs : après avoir bloqué le décret électoral, Alix Didier Fils-Aimé soutient désormais la règle des 30 000 membres
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Le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé semble désormais changer de position sur le dossier du décret électoral. Après avoir bloqué l’inscription du texte et du budget des élections à l’ordre du jour du Conseil des ministres le 6 mai 2026, le chef du gouvernement affirme maintenant, depuis Rome, vouloir faire adopter le décret dès la semaine prochaine.
Au cœur des tensions figure l’article 139 du projet révisé du Conseil électoral provisoire, qui impose aux partis politiques un minimum de 30 000 membres ou sympathisants pour pouvoir participer aux prochaines élections.

Cette disposition a provoqué de vives réactions dans plusieurs secteurs politiques. Mais malgré les critiques, Alix Didier Fils-Aimé a choisi de défendre publiquement cette mesure dans une interview accordée au quotidien Le Nouvelliste depuis Rome samedi 09 Mai 2026. Selon lui, le seuil de 30 000 membres serait même « peut-être trop bas », estimant qu’il n’est pas normal de voir des dizaines de candidats présidentiels sur un même bulletin de vote.
Cette déclaration relance le débat sur la prolifération des partis politiques en Haïti. Depuis plusieurs années, presque chaque ancien haut fonctionnaire ou ancien responsable politique crée son propre parti après son passage dans l’administration publique. Pourtant, beaucoup de ces structures ne disposent ni d’une véritable base militante ni d’une présence nationale réelle.
Selon plusieurs observateurs, certains de ces partis peinent même à réunir 200 membres actifs. D’autres existent uniquement sur papier et réapparaissent surtout lors des périodes électorales ou des négociations politiques.
Au fil des années, le pays s’est retrouvé avec plus de 400 partis politiques enregistrés ou actifs. Beaucoup sont accusés d’être utilisés comme outils de pression pour obtenir des postes dans l’administration, signer des accords politiques ou se positionner dans les négociations de pouvoir.
Pour certains analystes, plusieurs de ces micro-partis servent également de protection politique à certains anciens responsables publics face à d’éventuelles accusations de corruption ou de mauvaise gestion.
Face à cette situation, le CEP tente aujourd’hui d’imposer des règles plus strictes dans son projet de décret électoral. Alors que plus de 300 partis souhaitent participer aux prochaines élections, plusieurs n’auraient même pas été capables de prouver l’existence de 500 membres réels.
Pour les partisans de cette réforme, l’objectif est de réduire le désordre politique et de pousser les partis à démontrer une véritable capacité d’organisation avant de participer aux élections nationales.
Certains observateurs estiment ainsi que le CEP essaie enfin d’apporter un minimum de structure dans un système politique devenu extrêmement fragmenté. À l’inverse, le ministère de la Justice est souvent accusé d’avoir laissé se multiplier pendant des années des partis fictifs sans réel contrôle administratif.
Pour plusieurs acteurs politiques, cette absence de régulation a largement contribué à l’instabilité chronique du pays et à l’affaiblissement des institutions.
Même si la mesure des 30 000 membres continue de faire polémique, plusieurs voix considèrent qu’elle pourrait permettre de réduire les candidatures symboliques, limiter les partis sans base réelle et encourager l’émergence d’organisations politiques plus sérieuses et mieux structurées.
Reste maintenant à voir si le gouvernement adoptera effectivement le décret électoral dans les prochains jours, comme l’a annoncé le Premier ministre depuis Rome.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
