République dominicaine : L’État admet ses failles face à la hausse alarmante des féminicides
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SANTO DOMINGO, République dominicaine – Le gouvernement dominicain est confronté à ses propres manquements en matière de protection des femmes. La ministre de l’Intérieur et de la Police, Faride Raful, a publiquement reconnu ce lundi 18 mai 2026 l’échec des autorités à garantir la sécurité des citoyennes victimes d’agressions sur le territoire national.
Cette déclaration officielle a été faite à Santo Domingo, au sein du Palais national, lors de la conférence de presse consécutive à la 101e réunion de la Force de frappe conjointe pour la sécurité citoyenne, une haute instance de suivi présidée par le président de la République, Luis Abinader.

Face à l’appareil policier et aux médias nationaux, la ministre a tenu un discours d’une rare lucidité critique, admettant que les mécanismes de l’État n’ont pas su protéger les victimes directes.« Nous devons poursuivre nos efforts. Nous avons progressé, mais en même temps, notre système a échoué à mettre en place des mesures préventives permettant à de nombreuses femmes d’être sauvées, de porter plainte et de bénéficier d’une protection rapide. Nous devons faire preuve de réflexion et d’empathie, et aborder ce défi avec un regard critique », a confessé Faride Raful.
Cet aveu s’appuie sur des chiffres alarmants. Les données officielles révèlent une augmentation du nombre de féminicides au cours des cinq derniers mois par rapport à la même période l’année précédente. Pour le ministère, le défi est double, car les statistiques les plus récentes de la Fuerza de Tarea de Seguridad Ciudadana révèlent un schéma structurel complexe : 80 % des femmes assassinées par leur partenaire ou ex-partenaire n’avaient déposé aucune plainte préalable auprès du système de justice.
Les défaillances pointées par le ministère de l’Intérieur et de la Police mettent en lumière plusieurs faiblesses interconnectées notamment l’incapacité capacité à anticiper les passages à l’acte, faute de canaux de signalement jugés sûrs ou accessibles par les victimes.
Par ailleurs l’absence de déploiement immédiat des mesures de protection pour les 20 % de femmes ayant pourtant alerté les autorités constitue aussi un défaillance.
Dans la même veine se retrouve le manque d’outils communautaires pour briser le cycle de la violence avant qu’elle ne bascule dans le domaine judiciaire.
En conclusion face à ce constat, le président Luis Abinader et son cabinet se retrouvent sous une pression citoyenne accrue. L’exécutif a annoncé l’obligation de renforcer urgemment les protocoles d’accueil, d’optimiser les canaux de dénonciation et de sensibiliser l’ensemble du système de justice pour en finir avec cette crise de protection.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
