Satellite509

Journal libre, Indépendant et sans Subvention.

Entre ruines, violences et propagande : Emmanuel Ménard lance une avalanche de promesses déconnectées de la réalité

4 min read

PORT-AU-PRINCE — Dans un pays où les balles remplacent les tambours, où les sites historiques tombent en ruine sous l’abandon de l’État et où des institutions culturelles ferment leurs portes à cause de l’insécurité, le ministère de la Culture et de la Communication a dévoilé, le vendredi 22 mai 2026, un vaste programme d’action censé guider ses activités jusqu’au 30 septembre prochain.

Présenté par le ministre Emmanuel Ménard, ce document de vingt-cinq points ressemble, pour plusieurs observateurs, davantage à un catalogue de promesses ambitieuses qu’à une réponse concrète à l’effondrement culturel que traverse actuellement Haïti.

À travers cette feuille de route largement relayée sur les plateformes officielles du ministère, notamment via la page MCC Communication Haïti, les autorités promettent une réforme profonde du secteur culturel, administratif et patrimonial. Parmi les annonces figurent la création d’un Fonds de développement culturel, d’une direction du Carnaval et des fêtes populaires, ainsi qu’un organisme chargé du contrôle des parcs nationaux.

Mais derrière les formulations administratives soigneusement emballées, de nombreuses voix s’interrogent : comment un État incapable de sécuriser ses propres bâtiments publics peut-il prétendre lancer de nouveaux organismes, créer des centres spécialisés ou développer des projets internationaux d’envergure ?

Le ministère promet également la mise en place d’unités juridiques et d’audit interne pour évaluer les projets inachevés financés par l’argent public. Une annonce qui sonne, pour certains, comme un aveu implicite de mauvaise gestion accumulée au fil des années. Car pendant que les rapports s’empilent dans les bureaux administratifs, plusieurs institutions culturelles du pays demeurent à l’abandon, pillées ou paralysées par la violence armée.

Le cas de la Radio Télévision Nationale d’Haïti illustre particulièrement ce contraste. Le MCC annonce vouloir redonner à la RTNH une couverture nationale « non partisane » à l’approche des élections. Pourtant, dans un climat où la crédibilité des institutions publiques est profondément fragilisée, cette promesse suscite scepticisme et méfiance.

Le ministère affirme également vouloir reloger des employés sans bureaux depuis quatre ans et réhabiliter des institutions vandalisées. Une situation qui témoigne de l’ampleur du délabrement administratif dans lequel fonctionne aujourd’hui l’appareil culturel de l’État haïtien.

Sur le terrain patrimonial, les annonces se multiplient : interventions dans les Lakou des Gonaïves, réforme autour du Parc national des Ramiers avec l’ISPAN et l’UNESCO, création envisagée d’une garde d’honneur des monuments historiques en collaboration avec le ministère de la Défense, ou encore projet de musée militaire haïtien.

À Jacmel, le ministère évoque la construction d’une stèle commémorative du drapeau de la Grande Colombie ainsi que la transformation de l’ancienne prison en musée. Au Cap-Haïtien, la restauration de la maison d’Anténor Firmin devrait accueillir un centre de recherche spécialisé. D’autres projets concernent également le Lakou Bwakayiman et la création d’une structure publique liée à la production d’herbes aromatiques et de thé.

Mais dans un pays où des milliers de citoyens fuient chaque semaine les violences armées, où les artistes vivent dans une précarité extrême et où plusieurs sites culturels sont aujourd’hui inaccessibles à cause des gangs, cette avalanche de projets apparaît, pour beaucoup, totalement déconnectée des réalités immédiates du pays.

Le gouvernement promet aussi de lancer des « Maisons haïtiennes de la culture » à l’étranger, un Festival de la créativité haïtienne et un plan de communication international autour de la Coupe du monde afin d’améli

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

Spread the love