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« Opération Bolivie » : Me Newton Louis St Juste accuse le New York Times, le Miami Herald et Noticias Caracol d’avoir alimenté un faux narratif sur Jovenel Moïse

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Près de cinq ans après l’assassinat de Jovenel Moïse à sa résidence privée de Pèlerin 5, à Pétion-Ville, la bataille autour du narratif du crime entre dans une nouvelle phase. L’avocat et militant des droits humains Newton Louis St Juste a adressé, le 22 mai 2026, plusieurs lettres ouvertes à de grands médias internationaux qu’il accuse d’avoir relayé des thèses aujourd’hui fragilisées par le procès fédéral tenu en Floride.

Les correspondances ont été envoyées au The New York Times, au Miami Herald et à Noticias Caracol. À travers ces lettres, Newton Louis St Juste affirme que plusieurs récits médiatiques ayant dominé l’opinion publique depuis 2021 ne concordent plus avec les faits révélés lors du procès ayant conduit, le 7 mai 2026, à la condamnation d’Arcangel Pretel Ortiz, Antonio Intriago, Walter Veintemilla et James Solages.

Portrait de Me Newton Louis St Juste, avocat au Barreau de Port-au-Prince et militant des droits humains, à l’origine de plusieurs lettres ouvertes contestant les narratifs médiatiques internationaux autour de l’assassinat de l’ancien président Jovenel Moïse.

Selon l’avocat, la justice américaine considère désormais que le complot visant à assassiner Jovenel Moïse constituait une opération organisée depuis le territoire américain, en violation notamment du Neutrality Act de 1794, loi interdisant aux citoyens américains de mener des actions militaires contre un État en paix avec les États-Unis.

Cette qualification judiciaire, soutient-il, change profondément la lecture du dossier.

Des médias accusés d’avoir relayé des narratifs désormais contestés

Correspondance juridique de Me Newton Louis St Juste adressée au Miami Herald concernant les récits médiatiques liés à l’assassinat du président Jovenel Moïse.

Dans sa lettre adressée au Miami Herald, Newton Louis St Juste attaque directement l’article publié le 7 décembre 2022 par Jacqueline Charles, Antonio Maria Delgado et Jay Weaver, intitulé : « How money, drugs and a foreign embassy played parts in the murder of Haiti’s president ».

Ce reportage soutenait notamment que les assassins seraient venus récupérer entre 45 et 53 millions de dollars américains qui auraient été cachés dans la résidence présidentielle et liés au trafic de drogue.

L’avocat affirme qu’aucun élément présenté lors du procès fédéral en Floride n’a confirmé cette piste.

Dans sa correspondance adressée au New York Times, il remet également en question l’article publié le 12 décembre 2021 par Maria Abi-Habib affirmant que Jovenel Moïse préparait une liste de trafiquants de drogue influents destinée au gouvernement américain et que ses assassins seraient venus chercher cette liste.

Selon Newton Louis St Juste, cette thèse ne correspond pas non plus aux éléments établis durant le procès.

Noticias Caracol est aussi visé pour un reportage diffusé en juillet 2021, quelques jours après l’assassinat de Jovenel Moïse, dans lequel des sources attribuées au FBI et à la Police nationale d’Haïti rapprochaient l’ancien Premier ministre Claude Joseph du dossier criminel.

L’avocat soutient qu’aucune preuve judiciaire connue à ce jour n’a confirmé ces accusations.

L’« Opération Bolivie » au cœur des accusations

Au centre des lettres figure également la référence à une supposée « Opération Bolivie », présentée comme une vaste campagne de manipulation de l’opinion publique.

Selon Newton Louis St Juste, cette opération aurait regroupé médias, artistes, intellectuels et acteurs politiques haïtiens et étrangers afin de construire un narratif destiné à salir l’image de Jovenel Moïse avant son assassinat puis à détourner l’attention des véritables commanditaires après sa mort.

L’avocat estime que certains médias internationaux pourraient désormais être perçus comme des relais de cette campagne s’ils ne réévaluent pas leurs sources à la lumière des conclusions émergentes du procès américain.

Il cite notamment la déclaration de Heith Janke, directeur adjoint de la division criminelle du FBI, affirmant après le verdict que les condamnés « ont joué un rôle clé dans le développement des capacités de violence politique, dans le but de tirer profit des troubles qui ont suivi ».

Une guerre du narratif autour de l’assassinat

Depuis l’assassinat du président haïtien dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, plusieurs versions contradictoires ont circulé autour du mobile du crime : trafic de drogue, luttes politiques, intérêts économiques, complot international ou encore rivalités de pouvoir internes.

Les articles publiés par certains médias internationaux ont fortement influencé l’opinion publique mondiale ainsi qu’une partie du débat politique haïtien.

Mais avec le procès fédéral de Floride, le dossier semble progressivement se recentrer sur une opération politico-militaire structurée depuis les États-Unis autour d’acteurs liés au CTU (Counter Terrorism Unit), société de sécurité impliquée dans le recrutement d’anciens militaires colombiens.

Newton Louis St Juste estime aujourd’hui que plusieurs médias ont peut-être présenté comme des faits établis des hypothèses qui n’ont jamais été démontrées devant les tribunaux.

Toutefois, les lettres de l’avocat représentent une position juridique et politique qui n’a pas encore été confirmée par une décision judiciaire définitive sur l’ensemble des commanditaires intellectuels de l’assassinat de Jovenel Moïse.

Des demandes de rectification et d’excuses

Dans ses lettres ouvertes, l’avocat appelle le New York Times, le Miami Herald et Noticias Caracol à revoir leurs sources, clarifier leurs positions éditoriales et, si nécessaire, présenter des excuses à leurs lecteurs ainsi qu’au peuple haïtien.

Il insiste également sur la nécessité d’un journalisme fondé sur des preuves vérifiables, particulièrement dans une affaire qu’il décrit comme « une atteinte sans précédent à la souveraineté et à la dignité du peuple haïtien ».

Pour l’instant, aucun des médias visés n’a publiquement répondu à ces accusations.

Alors que le procès en Floride continue de révéler les ramifications internationales de l’assassinat de Jovenel Moïse, une autre bataille se joue désormais : celle du contrôle du récit historique, médiatique et politique autour de l’un des crimes les plus explosifs de l’histoire contemporaine d’Haïti.

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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