Ils avaient tenté de le tuer en 2017, ils ont fini par l’abattre en 2026 : Cristian Herrera, journaliste d’investigation assassiné en Colombie
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Le journalisme colombien est une nouvelle fois frappé en plein cœur. Le journaliste d’investigation Cristian Herrera a été assassiné le samedi 6 juin 2026 à Cúcuta, dans le département de Norte de Santander, près de la frontière vénézuélienne. Un tueur à moto lui a tiré dessus à plusieurs reprises avant de prendre la fuite. Transporté d’urgence à l’hôpital, le journaliste n’a pas survécu à ses blessures.
Mais pour ceux qui connaissaient son parcours, ce drame n’est pas seulement un assassinat. C’est l’aboutissement tragique d’années de menaces, d’intimidations et de persécutions contre un homme qui avait consacré sa vie à révéler ce que d’autres voulaient cacher.
Cristian Herrera enquêtait depuis des années sur la corruption, le crime organisé, les groupes armés et les violences qui ravagent la région du Catatumbo. Son travail lui avait valu de nombreuses distinctions, mais aussi de puissants ennemis.
En janvier 2017, il avait déjà échappé à une tentative d’assassinat. Alors qu’il se rendait sur les lieux d’un homicide pour effectuer son travail de reporter judiciaire, des hommes armés à moto avaient encerclé son véhicule, tenté de forcer les portières puis ouvert le feu. Ce jour-là, Cristian Herrera avait survécu grâce à la réaction rapide de ses gardes du corps et à son véhicule de protection. À l’époque déjà, il bénéficiait de mesures de sécurité de l’État colombien en raison des nombreuses menaces reçues contre sa vie.

Neuf ans plus tard, malgré les dispositifs de protection, ses ennemis ont fini par atteindre leur objectif.
Son assassinat soulève de graves questions sur l’efficacité réelle des mécanismes censés protéger les journalistes les plus exposés. Comment un homme considéré comme à haut risque, déjà visé par une tentative de meurtre et bénéficiant d’une protection officielle, a-t-il pu être assassiné en pleine ville ?
La Fondation pour la liberté de la presse (FLIP), dont Cristian Herrera était membre du conseil d’administration, a dénoncé une attaque directe contre la liberté de la presse et contre le droit des citoyens à être informés. L’organisation exige que les autorités identifient non seulement les exécutants du crime, mais aussi les commanditaires qui ont ordonné son assassinat.
Au-delà du drame personnel, ce meurtre rappelle une réalité inquiétante : informer demeure une activité mortelle dans certaines régions de Colombie, tout comme en Haïti, où plusieurs journalistes d’investigation ont été obligés de fuir le pays, dont Rodly Saintiné, Roberson Alphonse et d’autres.
Selon les organisations de défense de la presse, plus de 170 journalistes ont été assassinés dans le pays en raison de leur travail depuis 1977. En Haïti, entre 2018 et 2026, 18 journalistes haïtiens ont été tués ou portés disparus, victimes de l’insécurité et de la violence des gangs. La profession, déjà difficile, se révèle chaque jour plus dangereuse, exposant ceux qui informent le public à des risques mortels.
En Colombie, dans le cadre du processus de paix engagé avec les FARC depuis plusieurs années, les autorités colombiennes ont souvent mis l’accent sur la démobilisation de cette guérilla. Pourtant, de nombreux autres acteurs armés continuent d’exercer leur pouvoir par la terreur. L’ELN, les dissidences armées et divers groupes paramilitaires restent fortement implantés dans plusieurs régions du pays et continuent de prendre pour cible des journalistes, des leaders sociaux et des défenseurs des droits humains.
L’histoire de Cristian Herrera illustre tragiquement cette réalité. Il avait survécu à une attaque armée, aux menaces répétées, à l’exil forcé et aux pressions des groupes criminels. Mais il n’a finalement pas survécu à l’impunité.
En assassinant Cristian Herrera, les criminels n’ont pas seulement tué un journaliste. Ils ont tenté de faire taire une voix qui refusait de céder à la peur. Une voix qui, jusqu’à son dernier souffle, continuait de défendre le droit du public à connaître la vérité.
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
