L’insécurité est-elle devenue un business d’État ? Simon Dieuseul Desras évoque des centaines de millions de gourdes décaissés chaque mois
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Les déclarations de l’ancien président du Sénat, Simon Dieuseul Desras, risquent d’alimenter un débat déjà explosif sur la gestion des fonds publics liés à l’insécurité en Haïti. Invité ce vendredi 10 juillet 2026 à l’émission « Mega Booster », animée par Romanes Samedi sur Radio Mega 103.7 FM, l’ancien sénateur du département du Centre a avancé des accusations particulièrement graves, laissant entendre que certaines personnes auraient intérêt à voir perdurer les crises sécuritaires dans le pays.
« Il y a des gens qui souhaitent réellement que la crise prenne fin. Mais il y en a beaucoup d’autres qui préfèrent que la situation reste telle qu’elle est, même si leur propre vie est en danger, parce que cela leur permet d’obtenir des missions », a déclaré Simon Dieuseul Desras.
Selon lui, derrière les discours officiels sur la lutte contre les gangs et l’insécurité se cacherait un vaste système de décaissements financiers dont les bénéficiaires resteraient largement inconnus du public.
L’ancien parlementaire affirme qu’un chèque de 75 millions de gourdes serait émis chaque mois par le ministère de l’Économie et des Finances au titre de la crise de Kenscoff. Il soutient également que 567 millions de gourdes seraient débloqués mensuellement pour les opérations liées au Plateau Central, tandis qu’environ 580 millions de gourdes seraient affectés chaque mois aux problèmes sécuritaires dans le département de l’Artibonite.

Pour Simon Dieuseul Desras, l’existence de ces montants expliquerait pourquoi certaines crises semblent ne jamais trouver de solution durable.
« Ces problèmes ne doivent pas être résolus », a-t-il lancé, avant d’ajouter : « Lorsque ces chèques arrivent au niveau de la Police nationale, je ne sais pas comment l’argent est réparti. »
Ces affirmations lors de l’émission, soulèvent néanmoins plusieurs interrogations. Existe-t-il effectivement des lignes budgétaires spécifiques correspondant à ces montants ? Quels organismes reçoivent ces fonds ? Comment sont-ils contrôlés ? Quels mécanismes de reddition de comptes permettent d’assurer que ces ressources servent réellement aux opérations de sécurité ?
Dans un contexte où l’État consacre des ressources importantes à la lutte contre les groupes armés, ces questions prennent une résonance particulière. Alors que de nombreuses communes demeurent sous la menace des gangs et que les populations continuent de subir déplacements, enlèvements et violences, la transparence dans l’utilisation des fonds publics devient une exigence majeure.
Les déclarations de Simon Dieuseul Desras interviennent alors que la confiance envers les institutions publiques reste profondément fragilisée. Ancien sénateur du département du Centre durant deux mandats et président du Sénat entre 2012 et 2015, sa parole attire naturellement l’attention en raison de son expérience au sommet de l’État.
À ce stade, ni le ministère de l’Économie et des Finances ni la Direction générale de la Police nationale d’Haïti n’ont réagi publiquement aux montants évoqués par l’ancien président du Sénat.
Ces accusations, si elles étaient fondées, appelleraient des explications détaillées de la part des autorités compétentes ainsi que d’éventuels contrôles des institutions chargées de la gestion des finances publiques. À défaut, elles continueront d’alimenter une question qui revient avec insistance dans l’opinion publique
L’insécurité est-elle seulement une tragédie nationale, ou est-elle aussi devenue, pour certains, une source de profits ?
Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).
Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique
Basé entre Haïti et la République dominicaine.
