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Violences sexuelles en Haïti : plus de 5 500 victimes en six mois, l’ONU tire la sonnette d’alarme

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Port-au-Prince, Haiti, August 27, 2024 - School, Displacement Camp and various other photos from Rape victims project

Les chiffres donnent le vertige. En Haïti, les violences sexuelles continuent de prendre une ampleur inquiétante dans un contexte où l’insécurité gagne du terrain. Au cours du premier semestre de l’année 2026, plus de 5 500 cas de violences basées sur le genre ont été recensés, dont près de 70 % sont des viols commis contre des femmes et des filles. Un bilan qui pousse les Nations unies à lancer une nouvelle alerte face à une situation jugée « alarmante ».

D’après les données publiées le mercredi 29 juillet, la détérioration s’est particulièrement accélérée au deuxième trimestre de l’année. Plus de 3 000 cas ont été enregistrés entre avril et juin, dont plus de 1 000 pour le seul mois de juin, signe d’une aggravation rapide des violences.

Cette flambée intervient alors qu’Haïti traverse l’une des crises les plus profondes de son histoire récente. Dans plusieurs communes, les groupes armés imposent leur loi, forçant des milliers de familles à fuir leur domicile. Au milieu de ce chaos, les femmes et les jeunes filles paient un tribut particulièrement lourd.

Le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) estime que les femmes et les filles sont devenues de véritables cibles. Selon l’organisation, elles sont utilisées comme un « champ de bataille » par les groupes armés qui contrôlent ou disputent certains territoires. Les personnes déplacées figurent parmi les plus exposées : plus de la moitié des victimes recensées cette année vivaient déjà dans des conditions de grande précarité après avoir été contraintes de quitter leur foyer.

Les Nations unies précisent que près de sept agressions sexuelles sur dix signalées depuis le début de l’année sont des viols, souvent perpétrés par des hommes armés. Cette tendance confirme une dégradation préoccupante de la situation par rapport à 2025, année durant laquelle plus de 8 000 cas de violences basées sur le genre avaient déjà été enregistrés.

Au-delà des statistiques, ces chiffres traduisent le drame silencieux vécu par des milliers de femmes, de filles et de familles. Derrière chaque dossier se cache une personne dont la vie a été bouleversée, souvent sans accès à une prise en charge médicale, psychologique ou judiciaire.

Parallèlement à cette montée des violences, la crise humanitaire continue de s’aggraver. Les Nations unies estiment qu’environ 1,5 million de personnes sont aujourd’hui déplacées à l’intérieur du pays, tandis que plus de 5 millions d’Haïtiens souffrent d’une grave insécurité alimentaire. Malgré le déploiement de nouveaux dispositifs de sécurité pour appuyer les efforts contre les groupes armés, la protection des civils demeure un défi majeur.

Face à cette situation, une question revient avec insistance : combien de femmes et de filles devront encore être victimes avant que des mesures réellement efficaces soient prises pour garantir leur sécurité, lutter contre l’impunité et restaurer l’autorité de l’État sur les territoires abandonnés à la violence ? Par Sanon Marc-Antoine

Djovany Michel est journaliste d’investigation, PDG et rédacteur en chef de Satellite509, média indépendant et sans subvention, spécialisé dans la dénonciation de la corruption et de la mauvaise gouvernance. Il est l’actuel secrétaire général du Réseau Haïtien des Journalistes Anti-Corruption (RHAJAC).

Spécialités : gouvernance, corruption, géopolitique

Basé entre Haïti et la République dominicaine.

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